|
Telephone: Toll Free in Ontario: Fax: |
Publications & Resources > L'excellence > juin 2004 Last modified June 9, 2004 |
Publications and ResourcesCorrections and document updates PublicationsTools |
||||||||||||||||||||||||
La réduction des méfaitsLes infirmières qui uvrent dans des établissements de réduction des méfaits sont confrontées à des enjeux professionnels complexes parce quelles traitent des clients dont les besoins et les problèmes liés au mode de vie vont bien au-delà des soins de santé habituels. Les normes dexercice et de déontologie de lOIIO leur seront donc très utiles, puisquelles doivent tenir compte des enjeux juridiques et déontologiques.Ladministration des médicaments au foyer Seaton, un abri durgence pour hommes au centre-ville de Toronto, constitue un grand défi pour linfirmier en chef Ross Smith, IA, et ses collègues. Une infirmière doit soccuper de 70 clients, soit 300 doses à administrer correctement. « Certains des clients se présentent au poste dinfirmières, mais ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale ou de déficiences peuvent parfois oublier. Ils dorment dans leur chambre ou sont ailleurs dans létablissement et linfirmière ne peut les trouver », affirme Ross Smith. Dans cet établissement de 700 lits, la réduction des méfaits est le principe directeur de la prestation des soins. Peu importe leur milieu de travail, les infirmières doivent parfois incorporer diverses méthodes et stratégies afin de pouvoir prodiguer les meilleurs soins possibles. Quil sagisse daffronter des problèmes déontologiques complexes, de favoriser le bien-être de clients agressifs ou violents ou détablir une relation thérapeutique avec des clients vulnérables ou fragiles émotionnellement, les infirmières sont toujours à la recherche de solutions pour assurer la prestation de soins efficaces et conformes aux normes de sécurité et de déontologie. « Quels que soient votre milieu et votre charge de travail ou la complexité de votre exercice, lessentiel est toujours de bien connaître votre domaine, votre clientèle et les règlements et normes en soins infirmiers », estime Janet Anderson, chef du Service de lexercice à lOIIO. « Bien des gens croient que la réduction des méfaits revient à tolérer labus de substances, souligne Carol Edwards, IA. Mais labstinence et la réduction des méfaits ne sexcluent pas mutuellement. En fait, la réduction des méfaits est parfois efficace comme première mesure. » Carol Edwards exerce en soins intensifs et offre des soins primaires et de linformation aux clients admis au Centre de toxicomanie et de santé mentale, à Toronto. À son avis, « les programmes de réduction des méfaits sont généralement holistiques », car ils assurent laccès des clients à des soins de santé et à de linformation sur une variété de problèmes liés à la santé, au mode de vie et au rétablissement dans un milieu où on ne les jugera pas. « La réduction des méfaits est une approche pragmatique, puisquelle reconnaît que lutilisation de substances psychotropes est, dans une certaine mesure, répandue chez tous les humains. Cest une approche humaniste, car on respecte la dignité des toxicomanes en se gardant démettre des jugements pour ou contre lutilisation de drogues. En pratique, il peut sagir dencourager la personne à réduire sa consommation ou à la modifier », explique Dyanne Semogas, IA, professeure adjointe à lÉcole de sciences infirmières de luniversité McMaster, à Hamilton. Les autorités en santé publique de nombreux pays sentendent pour dire que la dissémination du sida chez les toxicomanes et dans la population représente une plus grande menace que la consommation de drogues, ajoute Diane Riley, professeur adjointe en santé publique à lUniversité de Toronto et membre fondatrice de lAssociation internationale de réduction des risques. Les programmes de réduction des méfaits prennent diverses formes : échange de seringues; sensibilisation à linjection sans risques; distribution de trousses de désinfection à leau de Javel; traitement dentretien à la méthadone; « zones de tolérance » où lon supervise linjection; programmes de prévention de la conduite en état débriété ou de sensibilisation à lusage modéré de lalcool; divers programmes de sensibilisation. La zone grisePour linfirmière qui travaille dans un établissement où lon pratique la réduction des méfaits, les défis sont nombreux, affirme Dyanne Semogas, qui aborde la réduction des méfaits dans son cours sur la pauvreté et les sans-abri, à luniversité McMaster. Linfirmière doit non seulement respecter ses obligations juridiques, mais aussi se conformer aux normes dexercice et de déontologie. « Ce sont les jalons qui les aident à sorienter dans un domaine où les zones grises sont nombreuses. » Favoriser le bien-être des clients et les tenir à labri des risques sont les principes fondamentaux des normes dexercice et de déontologie de lOIIO. Or, les moyens par lesquels linfirmière définit ces principes et les applique peuvent varier selon le milieu de travail. Dans un établissement axé sur la réduction des méfaits, par exemple, on favorisera le bien-être de la clientèle par ladoption de politiques et de procédures sur la prévention des infections et sur la santé et la sécurité au travail. Dans certains milieux, assurer le bien-être de la clientèle est facile. Mais dans les établissements comme celui où uvre Ross Smith, cela peut exiger beaucoup dingéniosité, une grande sensibilité aux dangers dans le milieu, une bonne compréhension de la clientèle et un excellent travail déquipe. Ainsi, lorsque les membres du personnel du foyer Seaton ont découvert des seringues usagées dans les paniers à linge sale et les poubelles, ils ont « mis les collecteurs daiguilles dans la salle de bains au lieu de les garder près des postes dinfirmières. Cela semble bien marcher, dit Ross Smith. Léquipe de gestion a pris la décision collectivement. Les clients peuvent désormais se débarrasser des seringues en privé et les risques pour le personnel sont réduits. » On oublie parfois un autre enjeu important des soins infirmiers : comment assurer le bien-être dun client même si ce dernier est agressif ou violent. Dans tout milieu de soins, le risque de comportement imprévisible de la part de la clientèle est présent; il est donc crucial que les infirmières possèdent la formation et les ressources nécessaires pour prévenir, prévoir et stopper les incidents violents. Les politiques et les ressources de létablissement qui appuient les infirmières sont essentielles. Les armes sont interdites au foyer Seaton et les membres du personnel peuvent appeler à laide à tout moment par radio émetteur-récepteur. Si la violence éclate, ils peuvent aussi appeler la police. Lorsque des incidents de violence se produisent, lemployeur peut offrir aux prestataires de soins la possibilité de discuter de lexpérience afin de favoriser lapprentissage et dexplorer des mesures de prévention. Jeter des bases solidesLa relation thérapeutique est à la base des soins efficaces et conformes aux normes de sécurité et de déontologie. Cela exige lapplication des connaissances et des compétences infirmières, ainsi quune attitude et un comportement bienveillants. « Nous jetons les bases de la relation dès la première rencontre avec le client lorsque nous linterrogeons sur ses besoins et ses attentes », affirme Janet Anderson, qui agit à titre dexperte-conseil en matière dinterprétation et dapplication des normes auprès de léquipe de lexercice à lOIIO. Cest grâce à la relation thérapeutique que linfirmière peut tenter de mieux comprendre le client en étant à lécoute de ses buts à court et à long terme. « Lobjectif premier de la relation thérapeutique est de répondre aux besoins du client, explique Janet Anderson. Si, par exemple, vous êtes en train de répondre aux questions du client sur un traitement donné, vous en profiterez pour le renseigner et laider à prendre des décisions éclairées sur ses soins. » Selon Ross Smith, « la flexibilité est un aspect essentiel du plan thérapeutique. On peut, avec le temps et en explorant les caractéristiques du client, forger une alliance thérapeutique qui lencouragera à suivre des consignes en matière dalimentation, dhygiène personnelle et dadministration de médicaments. Il peut sagir, par exemple, dadministrer les médicaments le matin, parce que le client se trouve dans létablissement, plutôt que le soir, pour quil puisse sortir. » La norme sur la relation thérapeutique précise que lintimité,
le respect et le pouvoir sont des facteurs clés dans la relation
quentretient linfirmière avec ses clients. Il arrive également quune infirmière sattache trop à un client vulnérable et nécessiteux. Dans de tels cas, dit monsieur Smith, « les coéquipiers le constatent et le signalent ». Le point de vue du clientDans le contexte de la relation thérapeutique, on entend par respect la nécessité que linfirmière cherche à comprendre le point de vue du client et évite de porter un jugement. Forcer un client à cesser de consommer une substance illégale ou à fumer la cigarette pourrait, sil nest pas prêt à franchir cette étape, linciter à tourner le dos aux soins de santé. Et ceci risque dêtre beaucoup plus dommageable pour le client et pour la collectivité, affirme madame Riley. Il faut respecter les clients; leur donner le temps et la possibilité de faire des choix sains quand ils sont prêts. « Nous devons bien réfléchir à lutilisation que nous faisons de notre pouvoir en tant quinfirmières, ajoute Janet Anderson. Plutôt que de chercher à influencer la décision dun client, nous devrions nous concentrer sur linformation que nous lui donnons afin quil puisse prendre une décision judicieuse selon les circonstances. » Les soins axés sur la personne permettent aux clients de fixer
des objectifs en fonction de leurs propres priorités, et non pour
satisfaire aux attentes dautrui. Daprès Ross Smith,
la réduction des méfaits est fondée sur le respect
du droit des clients à lautodétermination et à
linformation nécessaire pour prendre des décisions
et pour donner ou refuser leur consentement à des soins. Ross Smith et son équipe sefforcent de manifester leur ouverture
et de mettre les clients en confiance tant par leur mode vestimentaire
que par leur comportement. Lorsque les clients décident de se confier
(il ne sagit pas toujours de questions reliées à la
santé) « un client nous dira quil veut faire
réparer ses dents. Un autre nous annoncera quil aimerait
recommencer à lire; il faut donc lui procurer des lunettes »
les infirmières doivent être à lécoute
et prendre les mesures nécessaires pour quils aient accès
à un dentiste ou à un optométriste. Favoriser le mieux-êtreIl arrive aussi que linfirmière doive entreprendre des activités qui ne font pas normalement partie de son champ dapplication, mais qui favorisent le bien-être des clients. « Si linfirmière voit que le client ne mange pas, elle ira lui acheter des raviolis en boîte pour aiguiser son appétit, explique Ross Smith. Si un autre refuse ses médicaments, il sera peut-être nécessaire de négocier avec lui, de concert avec les coéquipiers, et lui offrir des cigarettes, par exemple, en échange de sa collaboration. » La toxicomanie est une maladie complexe qui, souvent, produit des crises. Les infirmières au foyer Seaton savent y répondre. Elles sont normalement les premières sur les lieux dune urgence médicale, explique monsieur Smith. Elles ont lhabitude de collaborer avec des médecins et de prendre des décisions dune manière autonome. En cas de crise, elles peuvent toutefois consulter un médecin de garde qui est souvent au foyer. Et, bien sûr, elles peuvent composer le 911, le cas échéant. Toute infirmière se doit de poursuivre son apprentissage et de réfléchir à son exercice afin de demeurer compétente. Or, cela peut savérer particulièrement difficile pour celles qui uvrent dans des domaines en évolution comme la toxicomanie et la réduction des méfaits. « Peu importe votre domaine dexercice, si une intervention, ou les besoins dun client donné, dépasse vos connaissances ou vos compétences, vous devez obtenir de laide », rappelle Janet Anderson. Il est normal que toute infirmière soit confrontée, tôt ou tard, à des dilemmes dans la prestation de soins efficaces et conformes aux normes de sécurité et de déontologie. Comment trouver des solutions à ces dilemmes ? Consulter les normes dexercice, se renseigner, consulter ses coéquipiers, puiser à ses connaissances et à son expérience et poursuivre son apprentissage.
Recherche : Helen Keeler [top] |
||||||||||||||||||||||||||
| © College of Nurses of Ontario 2006 | Site Map | Important Notices |