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Publications & Resources > L'Excellence> mars 2005
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La collaboration entre IA et IAA: Une formule gagnante pour les clients
À l'époque où Donna Spevakow a reçu son diplôme d’IA, il y a maintenant près de 30 ans, les rôles dévolus aux infirmières étaient relativement simples. « Nous envisagions notre travail comme une série de tâches, explique Donna, qui est aujourd’hui chef des services infirmiers au centre hospitalier de Hamilton (Hamilton Health Sciences). Les tâches des IA et des IAA étaient claires. » De nos jours, « tâches » n’est plus le mot d’ordre, car la profession infirmière est désormais axée sur les connaissances. « C’est un changement d’orientation majeur. Désormais, il ne s’agit plus simplement de posséder des compétences et de suivre des listes. Que vous soyez IA ou IAA, vous devez toujours vous demander, avant d’entreprendre l’évaluation d’un client, si vous possédez les connaissances, les compétences et le jugement nécessaires, affirme Donna. L’état de santé du client est-il prévisible ? Pouvez-vous traiter tous les résultats possibles ? Avec qui collaborerezvous ? » Madame Spevakow a dirigé récemment un groupe de travail sur l’utilisation des IA et des IAA au centre hospitalier de Hamilton. Le but de l’étude : préciser les attentes en matière d’exercice, mettre en lumière les contributions des IA et des IAA et améliorer la collaboration. On espérait ainsi améliorer les mécanismes de soins et les résultats pour la clientèle. Madame Spevakow souligne que le milieu de la santé ne cesse d’évoluer. Le rythme est effréné, les établissements adoptent des mécanismes de soins axés sur les clients, les rôles des prestataires changent, les clients sont plus gravement malades qu’auparavant et les séjours hospitaliers sont écourtés. En raison de tous ces facteurs, les infirmières doivent, plus que jamais, recourir à leurs aptitudes à la pensée critique et partager leurs conclusions avec leurs collègues et leurs coéquipiers. Est-ce là un portrait fidèle des milieux de travail d’aujourd’hui ? Si oui, quels éléments favorisent la prestation des soins ? Lesquels y font obstacle ? Quelles sont les différences entre le rôle d’IA et celui d’IAA ? Et qu’entend-on exactement par « collaboration » ? Les infirmières doivent bien comprendre leur rôle afin de pouvoir collaborer efficacement, estime Sharon Avey- Morrison, une IA qui oeuvre comme infirmière-conseil à l’OIIO. Elle rappelle que les IA et les IAA étudient la même science et exercent les mêmes fonctions. Or, comme le programme d’études des IA est plus long et plus approfondi, ces dernières ont des connaissances plus poussées. Voilà pourquoi ces deux catégories d’infirmières doivent répondre à des attentes différentes. En général, les IA peuvent soigner des clients dont l’état est complexe et instable, tandis que les IAA peuvent soigner, de manière autonome, ceux dont l’état est moins complexe et stable. Il s’agit là d’une réalité fondée non pas sur la théorie, mais sur les exigences en matière de sécurité du public et de réglementation. L’OIIO énonce les normes d’exercice à l’intention des IA et des IAA dans des publications telles que Le recours aux IA et aux IAA et Les compétences de base. Et madame Spevakow affirme d’ailleurs que son groupe de travail s’est inspiré de ces documents et a consulté madame Avey- Morrison. « Les lignes directrices aident les infirmières à prendre des décisions fondées sur les connaissances, explique cette dernière. Il faut penser à l’ensemble des besoins du client en matière de soins, aux ressources offertes dans le milieu de travail et aux motifs des interventions. » Est-ce que les soins prodigués par les IA et les IAA se chevauchent ? Bien sûr. Par exemple, les IA et les IAA peuvent soigner un client qui a subi une trachéotomie. Ce sont toutefois les circonstances qui dictent laquelle des deux prodiguera les soins. Plusieurs facteurs entrent en jeu et il importe d’en tenir compte avant d’affecter une IA ou une IAA : est-ce une trachéotomie récente ? Combien de fois a-t-on pratiqué les soins et la succion de la trachéotomie ? L’état du client est-il stable ? Quels sont les risques de réactions indésirables aux soins ? Il ne faut pas croire pour autant qu’une catégorie d’infirmières est « supérieure » à l’autre, précise Andrea Baumann, qui est IA et co-directrice de l’unité de recherches en services infirmiers à l’université McMaster. « Ce n’est pas un système hiérarchisé. » L’OIIO précise que la profession infirmière englobe deux catégories de prestataires : les IA et les IAA. En tant que professionnelles de la santé réglementées, elles doivent répondre de leurs connaissances, de leurs compétences et de leur jugement. Ainsi, explique madame Baumann, tous les professionnels de la santé — infirmières, médecins, physiothérapeutes et autres — doivent collaborer afin d’assurer le bon fonctionnement du réseau. « Il faut toujours réfléchir à l’ampleur et à la spécialisation des connaissances requises pour répondre aux besoins de la clientèle. Si on comprend et on respecte l’apport de chaque membre de l’équipe, on accroît l’efficacité des partenariats et des consultations. » En somme, les infirmières, comme tous les professionnels de la santé, doivent exercer conformément à leur expérience et à leurs aptitudes et faire appel à celles de leurs collègues. « Votre travail ne se résume pas à des tâches — ce que vous pouvez faire ou ne pas faire — C’est l’ensemble de vos connaissances et de vos aptitudes », explique madame Avey-Morrison. Qu’entend-on par « collaboration » ? Cela varie selon le client et le milieu. Monique Mohlmann oeuvre à l’unité de soins néonatals intensifs, à l’hôpital Sick Children’s de Toronto. Elle a travaillé comme IAA pendant onze ans avant d’obtenir son diplôme d’IA, en 2003. Voici comment elle explique le concept de collaboration. « En raison de la complexité et de la gravité croissantes des maladies que présentent les clients des établissements de soins, il faut désormais recourir à des médecins de différentes disciplines, à des infirmières chevronnées et à d’autres professionnels de la santé. Les professionnels de la santé doivent oeuvrer de concert afin de bien évaluer les responsabilités, les connaissances et les compétences en matière de soins, tout en respectant leurs rôles respectifs en tant que membres à part entière de l’équipe soignante. » Grâce aux recherches effectuées par le groupe de travail de madame Spevakow, au centre hospitalier de Hamilton, les unités de soins utilisent plus efficacement les compétences des IAA. Ainsi, dans plusieurs unités, ces dernières sont responsables des soins de clients et administrent des médicaments, alors que ce n’était pas le cas auparavant. « Autrefois, dit madame Spevakow, on aurait pensé que les IA donnaient des ordres aux IAA. Maintenant, les IA et les IAA sont responsables des soins qu’elles prodiguent. On met beaucoup l’accent sur la collaboration. En fait, la feuille d’affectations comporte une colonne intitulée “collaboration” où figure le nom des personnes que les IAA peuvent consulter au besoin. Le simple fait de prononcer le mot collaboration renforce le concept dans l’esprit des gens. » Cela n’implique pas une interaction constante, mais plutôt la présence de soutiens, explique Sandra Hughes, IA et infirmière responsable de l’unité de soins obstétriques et gynécologiques (risque élevé), au centre hospitalier de Hamilton. On pourra, par exemple, affecter une IAA à une cliente qui présente des signes vitaux normaux à son arrivée de la salle d’opération. Tout à coup, sa tension artérielle baisse et son pouls s’accélère. L’IAA consultera alors une IA et collaborera avec elle à l’évaluation de la cliente. Il pourrait s’avérer nécessaire d’affecter une IA aux soins de cette cliente, si son état continue de s’aggraver ou se déstabilise. « Nous avons nos propres affectations et nous prodiguons des soins primaires », affirme Annette Nita, une IAA qui travaille en soins postnatals et prénatals au centre hospitalier de Hamilton. « Si je m’occupe d’une nouvelle maman qui souffre du diabète et que sa glycémie baisse soudainement, je sais que je dois consulter une IA. » Rita Sharratt est IA et responsable des soins au centre hospitalier. Elle explique qu’il a fallu rassurer les IA que leurs compétences spécialisées étaient plus nécessaires que jamais dans le nouveau milieu hospitalier. « L’IA doit évaluer rapidement et judicieusement la situation, dit-elle. Elle doit collaborer avec les IAA afin de répartir le plus efficacement possible les soins à prodiguer. De telles décisions en matière d’affectation exigent une bonne connaissance des rôles dévolus aux deux catégories d’infirmières. » Établir les affectations en fonction des connaissances, des compétences et des aptitudes des IA et des IAA permet aux infirmières de consacrer du temps de qualité à leurs clients. « La collaboration est une activité qui implique deux parties », précise madame Nita, qui exerce comme IAA depuis 1964. Elle affirme d’ailleurs qu’elle possède parfois une expérience plus poussée que certaines IA débutantes, avec qui elle peut partager ses connaissances. « Il arrive qu’une nouvelle IA vienne m’interroger parce que même si elle comprend l’anatomie du sein, elle n’a jamais aidé une nouvelle maman à allaiter son enfant. La formation est essentielle, mais on apprend aussi par l’expérience pratique. » Au centre de soins gériatriques Baycrest, on s’est aussi penché sur la question de la collaboration entre IA et IAA. Rachel Beaulieu, IA, est infirmière-chef d’une unité de soins pour pensionnaires souffrant de déficiences cognitives. Elle a fondé un comité qui a pour mandat d’éliminer la confusion au sujet des rôles et de favoriser la collaboration. « Tous les membres du groupe participent à la prise de décisions, explique madame Beaulieu. Si nous sommes confrontés à un problème lié aux rôles, poser un pansement, par exemple, nous en discutons, nous évaluons ensemble la situation. Nous découvrons les points forts des personnes en présence. Ce n’est pas le titre qui compte, mais les compétences. Il faut découvrir les soins dont les pensionnaires ont besoin et créer une ambiance où les IA et les IAA peuvent évaluer leurs propres compétences, demander de l’aide et partager leurs connaissances. » D’après Christine Giroux, une IAA visiteuse aux services Comcare, à Kitchener, c’est aussi le cas en santé communautaire. Elle explique que dans ce milieu, on confie habituellement à une IA l’évaluation initiale du client. Puis, une IA ou une IAA est affectée aux soins, selon les besoins. « En santé communautaire, les IAA font appel à toute la gamme de leurs compétences, poursuit madame Giroux. Nous sommes indépendantes et responsables de nos propres décisions. Les IA avec qui je collabore sont des superviseures et des gestionnaires de cas au Centre d’accès aux soins communautaires. Et, si j’ai besoin de conseils plus spécialisés, je m’adresse à une diététicienne ou à une ergothérapeute, par exemple. Je transmets mes observations et nous discutons des options. Nous travaillons en équipe. » Comment favoriser la collaboration ? C’est l’employeur qui en détient la clef, estime madame Avey-Morrison. « L’employeur doit veiller à ce que tous les membres de l’équipe comprennent leurs rôles respectifs; il doit créer une dynamique favorable à l’esprit d’équipe et encourager la communication. » Il faut aussi composer judicieusement les équipes, estime Sandra Hughes. Si les IAA sont affectées aux soins et administrent des médicaments, elles doivent avoir accès aux ressources nécessaires. Or, cela n’est pas toujours facile dans les milieux où l’équipe se compose d’un nombre égal d’IAA et d’IA et que ces dernières doivent s’occuper de clients dont l’état est grave. « Il est essentiel de prévoir suffisamment de temps pour la collaboration », affirme-t-elle. L’employeur doit favoriser la collaboration à l’échelle de l’établissement, précise Andrea Baumann. Dans certains cas, le manque de collaboration entre IA et IAA ne découle pas de l’inaptitude de ces dernières, mais d’une faille ou d’un problème propre au milieu de travail. Voici un autre obstacle à la collaboration : certaines infirmières ont des idées erronées sur les aptitudes de leurs collègues. « Certaines infirmières, formées à la vieille école, ont du mal à comprendre que les IAA ont beaucoup progressé », explique Christine Giroux. En même temps, certaines IA se sentent menacées par le rôle grandissant dévolu aux IAA, ajoute madame Hughes. Et cette crainte peut donner lieu à une certaine animosité. Le fait est que les rôles des IA et des IAA ne cessent d’évoluer. Les nouveaux programmes de formation préparent les infirmières — aussi bien les débutantes que les infirmières chevronnées — à mettre en oeuvre toute la gamme de leurs compétences dans notre réseau de la santé. D’après madame Nita, les IA s’occupent de clients de plus en plus malades, effectuent des interventions plus complexes que jamais et utilisent des technologies nouvelles. Madame Spevakow estime qu’elles assument un rôle de premier plan dans la planification des congés. Enfin, madame Hughes est d’avis que les IA assument de plus en plus souvent des responsabilités en matière d’enseignement, de mentorat et de « chef d’équipe » auprès de leurs coéquipiers d’autres professions de la santé. Les compétences des infirmières ont progressé, de même que leur aptitude à la collaboration, affirme Rachel Beaulieu. « Les étudiantes sont formées à la collaboration et sont plus ouvertes au partage. » En fait, la collaboration mène à des résultats positifs, tant pour les clients que pour les infirmières. Elle réduit la frustration, accroît le respect mutuel et favorise la qualité des soins. Les clients y gagnent. « Si nous pouvons faire confiance à nos collègues et collaborer comme les professionnelles que nous sommes, le travail semble moins difficile, ajoute-t-elle. Il n’y a plus de chevauchement des tâches, il y a un esprit d’équipe et la qualité de vie en milieu de travail est meilleure. [top] |
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