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Publications & Ressources > L'excellence > mars 2006

   Derniere modification : mars 2006

L’application des connaissances

Un des rôles de l’OIIO est d’aider les infirmières et leurs employeurs à créer et à maintenir des lieux de travail favorables à la prestation de services infirmiers de qualité. L’an dernier, l’Ordre a mis sur pied le Groupe de travail sur l’application des connaissances (GTAC ) afin d’étudier divers moyens d’intégrer les normes d’exercice et les lignes directrices aux milieux de travail. Ce projet ambitieux réunissait des membres du personnel de l’Ordre et des représentantes de l’école de sciences infirmières de l’Université York et de six autres organismes en santé. Dans le présent article, des infirmières travaillant à deux centres régionaux de cancérologie font le point sur leur expérience.

« L'application des connaissances » est une démarche qui repose sur un échange entre un organisme générateur de connaissances (dans ce cas-ci l’OIIO, qui élabore des normes d’exercice et compile des statistiques) et des usagers (les infirmières et les gouvernements, par ex.). Une telle démarche n’est efficace que si les usagers peuvent recevoir, analyser et appliquer les connaissances transmises par l’organisme générateur.

« Le projet visait à examiner de nouvelles façons d’intégrer les normes d’exercice de l’Ordre aux milieux de travail, explique Heather Campbell, IA et directrice du Service de l’exercice et des politiques. Lorsque nous avons a lancé ce projet au début de 2005, nous avons demandé à des organismes de nous proposer des initiatives qui pourraient avoir des répercussions importantes et positives sur le travail des prestataires de soins. À la lumière des normes d’exercice, les participantes, qui pouvaient compter sur l’appui de l’Ordre, ont cherché des moyens de résoudre les problèmes systémiques et professionnels qui entravent la prestation des soins dans leurs milieux de travail. »

Lianne Jeffs, IA et experte-conseil en exercice et en politiques, a aidé l’Ordre à définir les paramètres du projet. « La sécurité des patients est au coeur du projet de l’Ordre, affirme Lianne, qui prépare son doctorat à l’université de Toronto. Si l’on met l’accent sur la sécurité des patients, les décisionnaires du secteur de la santé devront régler les problèmes systémiques qui affligent leurs organismes et favoriser l’apprentissage, tant individuel que collectif, le changement et l’évolution. Bien que la transmission et l’application des connaissances soit une priorité en santé, il y a encore beaucoup de lacunes dans ce domaine. Il est donc urgent d’y remédier. Le projet de l’Ordre a été conçu pour aider les participantes à trouver de nouvelles façons de travailler et d’appliquer les normes d’exercice là où sont prodigués les soins. »

Une combinaison gagnante

Le projet du centre de santé Saint Elizabeth de Toronto portait sur le processus décisionnel qui vise à trouver la catégorie appropriée de prestataires de soins pour les clients des services de santé communautaires.

« La santé communautaire est un domaine unique en soi, mais ne constitue qu’une petite fraction du secteur de la santé », explique Hélène LaCroix, IA, agente des soins infirmiers et responsable des dossiers Exercice professionnel et Gestion de la qualité au centre Saint Elizabeth. « Cette sphère d’exercice est souvent mal comprise des décisionnaires. Les organismes communautaires consacrent un temps fou à adapter les normes de réglementation afin qu’elles s’appliquent à ce type de travail. »

Le projet initial de madame LaCroix avait pour objectif de concevoir des mécanismes qui faciliteraient la prise de décisions en matière de dotation. « Nous nous sommes aperçus très tôt que cet objectif était beaucoup trop vaste et nous l’avons modifié. Notre nouvel objectif : comprendre comment les infirmières appliquent les normes d’exercice de l’Ordre et les aider à développer leur confiance en ellesmêmes et à approfondir leurs connaissances afin qu’elles puissent prendre des décisions plus éclairées », ajoute-t-elle.

Madame LaCroix a étudié un groupe d’infirmières travaillant au même endroit en se servant des Normes professionnelles et des publications portant sur les prestataires de soins non réglementés (PSNR). De concert avec l’Ordre, elle a compilé et analysé des données sur la prestation de services en fonction de la répartition des tâches entre IA et IAA et a effectué un sondage auprès d’infirmières. « Les résultats de mon analyse donnent au centre une meilleure idée de la façon dont les infirmières se répartissent le travail, affirme Hélène. Cette analyse confirme que les infirmières travaillent en équipe et que les clients sont soignés tant par des IA que par des IAA . Grâce au sondage, nous avons découvert que les infirmières ont les compétences requises pour choisir la catégorie appropriée de prestataires de soins, mais qu’elles se sentent moins sûres d’elles lorsqu’il s’agit de confier des clients à des PSNR.

L’Ordre a constaté avec plaisir que les infirmières connaissaient très bien les normes sur le choix de la catégorie appropriée de prestataires de soins. « Certaines réponses laissaient entendre, toutefois, que les décisions de confier un client à tel ou tel prestataire reposaient non pas sur la stabilité et la prévisibilité, mais sur le diagnostic et le traitement à prodiguer au client », explique Hélène LaCroix.

Le projet se poursuit sous la direction de madame LaCroix. « La prochaine étape, c’est de valider les résultats du sondage. Ensuite, à l’aide des stratégies d’apprentissage que j’ai apprises grâce au GTAC , nous pourrons approfondir nos connaissances dans ce domaine. Par exemple, nous ignorons toujours ce qu’entendent les infirmières par stabilité et prévisibilité. En continuant ce projet, nous pourrons définir clairement ces termes et appliquer de façon plus systématique les normes visant ce type de décisions. »

Exigences conflictuelles

Six organismes ont participé à ce projet, dont les centres régionaux de cancérologie de l’hôpital général de Kingston et de l’hôpital Credit Valley, à Mississauga. Chaque établissement devait nommer au moins une infirmière qui agirait comme agente de liaison entre l’établissement et l’Ordre et qui assisterait aux ateliers et aux réunions organisés par l’Ordre. En retour, l’OIIO a affecté un membre de son personnel à chaque établissement afin de l’aider à analyser les problèmes liés à l’exercice de la profession infirmière.

« Compte tenu des exigences conflictuelles auxquelles doivent répondre les infirmières, on n’a pas toujours le temps d’analyser les problèmes d’ordre professionnel, même les plus urgents », explique Lisa Freeman, IA, l’infirmière-conseil de l’OIIO qui a travaillé avec les représentantes des deux centres de cancérologie. « Grâce à ce projet, les organismes ont pu donner la priorité à un problème et, de concert avec l’Ordre, y trouver des solutions novatrices. »

Esther Green, IA, infirmière en chef et directrice du service de planification en ressources humaines à l’organisme Action Cancer Ontario, a accepté « sans hésitation » l’invitation de l’OIIO à participer au GTAC. « La mission d’Action Cancer Ontario est d’améliorer le rendement des centres de cancérologie en mettant l’accent sur la qualité, la responsabilité et l’innovation, ajoutet- elle. Ceci implique, notamment, élaborer et mettre en oeuvre des normes de qualité uniformes à l’échelle de l’organisme. Comme le projet de l’Ordre correspondait à nos objectifs, il était très important que nous y participions afin d’échanger de l’information et de trouver de bonnes solutions aux problèmes qui affligent le système de santé. »

Action Cancer Ontario s’est concentré sur la tenue de dossiers. « Notre groupe provincial avait déjà constaté que les centres de cancérologie avaient des problèmes à cet égard », précise madame Green.

« C’est un choix judicieux, selon l’OIIO, confirme Lisa Freeman, car la tenue de dossiers fait partie intégrante des soins infirmiers efficaces et sécuritaires. Des dossiers complets et précis sont la preuve que l’infirmière assume ses responsabilités professionnelles; ils témoignent aussi de la contribution de la profession infirmière aux soins de la santé. »

Deux IA, Linda Robb-Blenderman et Marcie Flynn- Post, ont dirigé l’équipe d’Action Cancer Ontario. « Nous savions que les lignes directrices sur la tenue de dossiers n’étaient pas les mêmes d’un centre de cancérologie à l’autre, explique madame Flynn-Post. Ce qui créait des problèmes lorsqu’un client était transféré. Mais, des conflits entre les priorités nous ont toujours empêchés de régler ce problème, jusqu’à ce que l’Ordre nous invite à participer au projet. »

Deux défis

Action Cancer Ontario avait cerné deux problèmes majeurs : le grand nombre de formulaires utilisés au sein de l’organisme et la diversité des méthodes de consignation, dont certaines étaient désuètes, en vigueur dans les établissements. « Il y avait aussi des changements au sein même de l’organisme, raconte Lisa Freeman. Pendant le projet, le centre de cancérologie où travaillait une des participantes a emménagé dans de nouveaux locaux. Voilà pourquoi l’Ordre recherchait des organismes qui croyaient au projet et qui avaient reçu l’aval des gestionnaires pour y participer. Toute initiative préconisant des changements profonds ne réussira qu’aux conditions suivantes : les gestionnaires et les infirmières de l’organisme ont un rôle précis à jouer et ont choisi les problèmes à analyser. »

Le temps est une denrée précieuse pour Linda et Marcie, comme pour toutes les infirmières. « Au début du projet, je me demandais si nous pourrions accomplir tout ce que nous voulions à cause de notre emploi du temps si chargé, avoue Linda. Nous avions l’impression qu’il serait impossible de respecter les échéances, mais, nous avons réussi parce que nous pouvions compter l’une sur l’autre. » « Nous croyions beaucoup à ce projet, Linda et moi, renchérit Marcie. Mais, nous n’avons jamais perdu de vue nos autres priorités. Nous avons respecté nos échéances parce que nous nous les étions partagées au début du projet. Et nous avons pu compter sur l’appui d’Esther Green et de nos hôpitaux. »

« Ce projet n’aurait pas connu un tel succès sans l’appui des gestionnaires, précise Heather Campbell. Le soutien de l’infirmière en chef était un élément essentiel. »

Point de départ

Action Cancer Ontario s’était donné comme objectif de faire le point sur la tenue de dossiers. « C’est un domaine très vaste, qui comporte de nombreuses facettes, dont la charge de travail des infirmières et les outils mis à leur disposition, explique Linda Robb- Blenderman. Le projet nous a permis de trouver notre point de départ : créer un mécanisme de vérification générique qui servirait à découvrir les pratiques sécuritaires et les résultats des interventions infirmières. »

« Grâce à cet outil de vérification, nous pourrons recueillir l’information dont nous avons besoin pour apporter des changements uniformes et viables, ajoute Marcie Flynn- Post. Nous appliquerons cet outil à l’ensemble des services de cancérologie, des soins internes aux cliniques externes en passant par l’oncologie médicale, la radio-oncologie et la chimiothérapie. »

Tout au long de 2005, Linda et Marcie ont mis au point ce mécanisme de vérification en collaboration avec les expertes-conseils internes et externes de l’Ordre. À l’instar des autres participantes au projet, elles ont assisté à des ateliers et des réunions afin d’échanger, de faire le point sur leurs projets respectifs et d’obtenir des conseils de l’Ordre. « À ma grande surprise, ces ateliers et ces réunions ont été très profitables, déclare Linda. Nous avons appris à gérer notre projet comme un ensemble de morceaux, que l’on peut planifier, concevoir, analyser et mettre en oeuvre un à la fois. Nous avons également étudié à fond la norme d’exercice sur la tenue de dossiers, ce qui nous a permis de comprendre comment l’intégrer à notre milieu de travail. »

Favoriser l’aptitude au leadership

Un des objectifs du GTAC était de favoriser l’aptitude des infirmières au leadership. « Nous espérions que les infirmières feraient la promotion de ce projet dans leur lieu de travail. Et plusieurs l’ont fait », affirme Lisa Freeman.

« Je comprends mieux comment apporter des changements et comment en assurer la viabilité, explique Marcie Flynn-Post. Ce projet m’a attirée parce qu’il m’offrait la possibilité de mieux comprendre les stratégies de mise en application des connaissances et d’apprendre à les intégrer à mon propre travail. Ces stratégies peuvent s’appliquer à tous les aspects de notre profession, qu’il s’agisse des soins infirmiers ou de la tenue de dossiers. J’ai également apprécié le fait de participer à un projet hors de l’hôpital. Cela m’a permis d’approfondir mes connaissances et mes compétences, puis d’en faire profiter mes collègues. »

Deborah Tregunno, professeure adjointe à l’école de sciences infirmières de l’Université York, à Toronto, coordonne l’évaluation du GTAC. « Nous avons créé des groupes de discussion et mené des entrevues pour comprendre comment les participantes ont utilisé les ressources mises à leur disposition et comment chaque projet a évolué en fonction des facteurs propres aux milieux de travail, explique-t-elle. Nous voulions recueillir et diffuser des témoignages sur l’apprentissage et l’innovation. Les participantes ont apprécié la nature collégiale du GTAC et la possibilité d’analyser en groupe les enjeux complexes propres qui touchent notre profession. Comme l’a dit une des participantes : “ce projet m’a donné un gros coup de pouce sur le plan professionnel. J’ai appris des choses que je n’oublierai jamais. C’était dur, mais très gratifiant” ».

L’Ordre a, lui aussi, beaucoup appris tout au long de ce projet, notamment sur la réalité des milieux de travail où évoluent les infirmières et les défis qu’elles doivent relever quotidiennement. Il a également découvert comment les infirmières mettent en pratique les normes d’exercice. « Nous avons appris que les normes et les directives professionnelles doivent être générales afin que les infirmières puissent les adapter à leurs lieux de travail, explique Lisa Freeman. Les infirmières nous ont aussi mentionné d’autres ressources qui leur seraient utiles, comme le cyberapprentissage. L’Ordre s’inspirera de ces renseignements pour mettre au point ses activités de consultation futures. »

Aller de l’avant

Linda Robb-Blenderman et Marcie Flynn-Post peuvent maintenant partager avec leurs collègues d’Action Cancer Ontario l’outil de vérification qu’elles ont mis au point grâce au GTAC. « Lors de l’assemblée d’ouverture du programme de soins infirmiers en oncologie organisé par Action Cancer Ontario l’an dernier, nous avons présenté notre projet », déclare fièrement Marcie. Il a suscité beaucoup de discussions et d’intérêt. Grâce à l’aide de bénévoles d’autres centres, nous poursuivons notre travail sur la tenue de dossiers d’oncologie. Nous envisageons, par exemple, de créer une communauté de pratique provinciale axée sur la tenue de dossiers, qui élaborerait des solutions applicables à l’ensemble des centres de cancérologie. »

« C’est merveilleux qu’Action Cancer Ontario aille de l’avant. C’est exactement le résultat que nous escomptions lorsque nous avons lancé ce projet il y a un an », ajoute Lisa Freeman.

Pour Marcie et pour Linda, le GTAC s’est avéré une expérience fructueuse, qu’elles recommenceraient volontiers. « L’engagement, les connaissances et le professionnalisme des membres du personnel de l’Ordre nous ont impressionnées, déclare Linda. Quel partenariat extraordinaire! »

 

 

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