More   en français

Publications & Resources > Here for You

   

Les soins infirmiers et vous

Volume 1, n° 3 Mai 1999 - Les soins gériatriques

[début]

L'INFIRMIÈRE PSYCHOGÉRIATRE :La lutte contre la dépression chez les personnes âgées

Chacun le sait : une fois venu le soir de la vie, notre corps s'affaiblira. Il nous sera de plus en plus difficile de voir, d'entendre et de marcher. Nous aurons du mal à faire le repassage ou à utiliser une scie circulaire. Bien qu'il existe de nombreux moyens de retarder ces changements, cette évolution nous semble inévitable. Nous nous y attendons.

Or, personne ne prévoit l'affaiblissement de ses facultés mentales. Car nous réussissons à réfléchir objectivement à notre corps, mais pas à nos activités cérébrales. Nous gardons un bon souvenir de grand-papa qui, même à 90 ans bien sonnés, avait l'esprit vif; nous estimons que tel sera notre cas.

Le centre Baycrest de soins gériatriques, dans le nord de Toronto, se spécialise, comme l'indique son nom, dans les soins aux personnes âgées. Il englobe un foyer de soins infirmiers, un hôpital général et divers programmes d'activités pour personnes âgées. On y trouve également une équipe vouée à la santé mentale de cette population. Anna Korol, IA, est infirmière en chef de l'unité psychiatrique de l'hôpital et Ruth Hay, IA, travaille au programme de jour novateur qui se spécialise dans le traitement de la dépression.

« La moyenne d'âge chez nos patients hospitalisés est de 76 ans, affirme Anna. Il y a 20 lits et les personnes qui les occupent souffrent d'une gamme d'affections allant de la schizophrénie au trouble bipolaire grave (connu également sous le nom de maniaco-dépression). Bon nombre de nos patients ont été emprisonnés dans des camps de concentration, d'autres ont songé au suicide. Les traiter peut parfois sembler une tâche intimidante.

« La communication et la patience sont la clef, poursuit Anna. Même une toute petite réussite peut être très enrichissante mais, dans bien des cas, nous pouvons accomplir beaucoup. » Anna cite à titre d'exemple le cas d'une femme d'environ 70 ans qui était gravement malade à son arrivée au centre Baycrest. Elle ne communiquait plus et pesait à peine 65 livres. Après un traitement prolongé, sa dépression a disparu et elle pouvait de nouveau faire confiance au personnel et à sa famille. Sa santé physique s'était également améliorée : elle pesait 110 livres.

La psychothérapie individuelle et la pharmacothérapie sont les principaux traitements utilisés auprès des patients hospitalisés, mais on a également recours à la thérapie de groupe, qui réunit régulièrement la plupart des patients de l'unité et les membres de l'équipe soignante. Dans le centre de jour où travaille Ruth Hay, on met l'accent sur le travail en groupe, dont il existe plusieurs types, chacun axé sur divers traitements que ce soit l'exercice ou la relaxation, la pharmacothérapie ou la psychothérapie. Les patients apprennent à se soutenir et à s'encourager les uns les autres et à composer avec leur maladie, même s'ils ne peuvent pas la guérir.

Alors que l'unité psychiatrique fonctionne 24 heures sur 24, comme la plupart des services hospitaliers (quatre IA et une IAA sont en poste le jour), le programme de jour est offert de 9 heures à 17 heures. Les participants y sont envoyés par leur médecin de famille et subissent une évaluation d'une journée aux mains de l'équipe soignante. Ces personnes sont déprimées, mais doivent pouvoir communiquer et souhaiter sincèrement se rétablir.

« Le rétablissement est notre principale préoccupation, explique Ruth, de même que prévenir les rechutes. La dépression peut avoir de nombreuses causes - problèmes physiques ou autres maladies mentales, solitude, deuil, inactivité. Nous mettons l'accent sur l'expression des sentiments, sur ce qui nous touche, ce qui suscite notre enthousiasme. Pour certaines personnes, la possibilité de partager leurs émotions avec d'autres qui sont « dans le même bateau » soulage aussitôt la dépression. Pour d'autres, le processus est plus long, bien que nous fixions une limite au séjour de nos patients (un maximum de six mois, une moyenne de quatre). Pour bien des participants, le programme est tellement efficace qu'ils souhaitent poursuivre l'entraide, les relations d'amitié et les discussions. Le programme de jour a organisé un important réseau de groupes d'entraide.

« J'ai la chance de pouvoir aider les autres à se sentir mieux, affirme Ruth, à composer avec le monde qui les entoure et à apporter d'importants changements à leur vie. »

Cette infirmière psychiatrique fait partie d'une équipe multidisciplinaire qui inclut un psychiatre, une travailleuse sociale et une ergothérapeute. L'infirmière agit à titre de gestionnaire de cas et assume une grande part de la responsabilité en matière d'évaluation initiale et continue. Elle anime des séances de thérapie de groupe et individuelle, accompagne les patients lors de consultations auprès de psychiatres, rencontre les membres de leur famille et veille à ce que les patients fassent l'objet d'un suivi approprié après leur séjour au centre Baycrest.

Quel est l'effet de ce genre de travail, les soins psychiatriques, sur l'infirmière ? « Cela peut parfois être décourageant, reconnaît Anna, surtout lorsque vous croyez avoir fait du progrès, mais que, le lendemain, vous découvrez que tout est à recommencer. Il faut se concentrer sur le moment présent, conserver son enthousiasme. Les patients comptent là-dessus et je crois que les infirmières ont une aptitude toute particulière dans ce domaine. Il faut garder espoir. »

L'espoir - chose dont les personnes âgées manquent beaucoup, parfois. Les infirmières comme Anna Korol et Ruth Hay nous aident toutes et tous à le conserver.

[début]

QU'EST-CE QUE L'ORDRE DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DE L'ONTARIO ?

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) est l'organisme qui réglemente la profession infirmière dans cette province. Bien qu'il ait été créé par le gouvernement provincial, l'Ordre fonctionne indépendamment et ne reçoit aucun financement public : ses recettes proviennent des cotisations annuelles de ses membres. L'Ordre établit les critères d'admission à la profession infirmière en Ontario, ainsi que les normes que doivent respecter les infirmières et les infirmiers afin de conserver leur titre et leurs privilèges. Seules les personnes qui détiennent un certificat d'inscription de l'OIIO peuvent exercer la profession en Ontario et utiliser les titres « infirmière » ou « infirmier », « infirmière autorisée » ou « infirmier autorisé » et « infirmière auxiliaire autorisée » ou « infirmier auxiliaire autorisé ».

L'Ordre est gouverné par un Conseil qui compte 39 membres, dont 21 infirmières et infirmiers élus par leur collègues partout dans la province (14 IA et 7 IAA) et 18 membres de la population nommés par le gouvernement provincial.

[début]

ÉDITORIAL : HONORER LES GENS DU TROISIÈME ÂGE

Il est tout à fait indiqué, pour diverses raisons, que l'un des premiers numéros des Soins infirmiers et vous soit consacré aux soins prodigués aux personnes âgées.

Une de ces raisons est que 1999 a été consacrée Année internationale des personnes âgées par les Nations unies afin de rendre hommage à ceux et celles qui ont guidé le monde en ce siècle turbulent. Les personnes âgées représentent aujourd'hui une large proportion de la population, grâce notamment aux découvertes médicales effectuées par leurs contemporains. Et cette tendance se maintiendra.

Or, ce changement démographique graduel et constant a de profondes répercussions sur le réseau de la santé, comme nous l'avons constaté en Ontario au cours des dix dernières années. Car, à mesure que vieillit la population, les problèmes de santé sont de plus en plus critiques et complexes. Dorénavant, le client moyen exige plus de soins, qu'ils soient prodigués à domicile par une IAA visiteuse ou par un infirmier en santé publique qui se consacre à l'activité physiques des aînés. Et tout le réseau de la santé est touché par cette tendance.

Les gens du troisième âge, un segment de la population qui ne cesse de grandir, ont probablement souffert le plus de la réduction du personnel infirmier. Des études ont d'ailleurs démontré que sans la démarche holistique préconisée par les infirmières - considérer que l'esprit est aussi essentiel aux mieux-être et au rétablissement que le corps -, les patients ne se rétablissent pas ou ne guérissent pas aussi bien.

Les personnes âgées ne sont certes pas les seules à tomber malades. Mais, il est inévitable qu'un plus grand nombre d'infirmières traitent des personnes âgées, groupe qui a grand besoin de leurs compétences et qui sait les apprécier. Les infirmières que nous vous présentons dans ce numéro illustrent bien le large éventail de services qu'offrent les infirmières ontariennes aux personnes de l'âge d'or.

Le Groupe de travail sur les soins infirmiers a recommandé dernièrement d'augmenter le nombre de postes d'infirmières dans tous les secteurs de la santé, y compris les soins prolongés et les soins à domicile, deux secteurs où l'on retrouve une forte concentration de personnes âgées. L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario appuie sans réserve ces recommandations; il semble d'ailleurs que le gouvernement provincial mettra en ouvre plusieurs de ces recommandations. Si tel est le cas, il y aura plus d'infirmières pour s'occuper des personnes âgées, ce qui augure bien pour la santé de la population ontarienne.

Petra Cooke, IA, présidente du Conseil
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario

Margaret Risk, IA, directrice générale
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario

[début]

PETERBOROUGH ACCUEILLE LES PERSONNES ÂGÉES

Dans la ville et le comté de Peterborough, situés au nord-est de Toronto à une heure de route, le nombre de personnes âgées a augmenté de 20 % depuis 1981, alors que dans l'ensemble de la province l'augmentation n'était que de 15 %. Il y existe une large gamme de services pour ce groupe : popote roulante, aides familiales, transport de personnes en fauteuil roulant. Les infirmières jouent un rôle très important dans les trois services suivants : le Centre d'accès aux soins communautaires (personnel presque entièrement composé d'infirmières); le bureau de santé (les infirmières élaborent et mettent en ouvre de nombreux programmes de promotion de la santé); et un cabinet privé de soins des pieds.

Personnaliser les soins : Le rôle du centre d'accès aux soins communautaires

Yvonne (prénom fictif), qui célébrera bientôt ses 80 ans, est célibataire et vit dans un appartement d'une chambre. Il y a 25 ans, on a découvert qu'elle était atteinte de la sclérose en plaques; depuis quelque temps, son état de santé se détériore lentement, mais sûrement. Elle n'a plus de famille, mais plusieurs amies lui rendent visite régulièrement et s'occupent d'elle.

Et Yvonne a bien besoin d'aide : elle ne maîtrise presque plus son corps et souffre d'ulcères cutanés à évolution chronique, ce qui nécessite un suivi constant. Outre ses amies, plusieurs professionnels de la santé - infirmières, thérapeutes, travailleurs sociaux, nutritionnistes, aides familiales - lui rendent visite régulièrement et veillent à ce qu'on réponde à ses besoins.

Malgré sa santé défaillante, Yvonne est farouchement indépendante. Dépendre des autres pour la soigner semble souvent la contrarier. D'autre part, elle n'entend pas du tout quitter son appartement pour s'installer dans un établissement de soins prolongés. Bonnie Elliott, IA, qui coordonne les soins que le Centre d'accès aux soins communautaires (CASC) prodigue à Yvonne, avoue que ce cas est exigeant.

« Son état de santé, allié à son attitude à l'égard des soins, compliquent beaucoup son plan de soins, explique-t-elle. Mais toute l'équipe qui soigne Yvonne admire son énergie et son esprit d'indépendance. Elle lutte contre la sclérose en plaques depuis longtemps, et c'est un honneur pour nous de l'aider dans cette lutte. »

Il existe 43 centres d'accès aux soins communautaires en Ontario, dont celui de Peterborough. Leur rôle est de coordonner les soins à domicile. Selon Stephen Kay, IA et directeur du CASC de Peterborough : « il y a environ 130 000 personnes dans la région, dont un grand nombre de personnes âgées. Pourtant, il n'y a que six maisons de soins infirmiers dans la ville et le comté, soit environ 960 lits. Comme les séjours à l'hôpital sont plus courts qu'avant, il faut se tourner vers les soins à domicile. »

Le CASC traite environ 3 000 cas et dessert un immense territoire. Le Centre ne traite pas que les personnes âgées - en fait, le nombre d'enfants soignés à domicile augmente lui aussi -, mais ce groupe est le plus important. Trente responsables de cas (des infirmières) se partagent la tâche; chacune d'entre elles coordonnent jusqu'à 140 cas.

Jane Wilkins détient un baccalauréat en sciences infirmières, le niveau de scolarité exigé désormais par la plupart des centres d'accès pour le poste de responsable de cas. « Surveiller la qualité des soins prodigués à chacun de nos patients est une lourde responsabilité, déclare-t-elle. Je dois d'abord visiter le patient chez lui afin d'évaluer la nature et le niveau des soins à prodiguer, puis je dois surveiller les soins par des visites régulières. C'est moi qui choisis les membres de l'équipe soignante. Et pour pouvoir suivre l'évolution de chaque cas, je dois les rencontrer individuellement et en groupe. Je ne prodigue pas de soins, mais c'est quand même un job très concret. »

Bonnie Elliott ajoute : « le patient est le client officiel, mais les prestataires de soins sont les clients non officiels. En général, leur profession, leurs compétences et leur expérience sont très diversifiées. Les responsables de cas doivent être en mesure de parler à chacun d'entre eux, de les guider et de réagir rapidement lorsque la situation évolue. »

« Parce qu'il donne une large place au patient, le secteur des soins à domicile est à la fois très flexible et très complexe, explique Stephen Kay. La participation du patient nous force à rester vigilants. »

[début]

DES PIEDS EN SANTÉ POUR RESTER AUTONOMES

« Pour une personne âgée, avoir des pieds en santé peut lui permettre de demeurer chez elle au lieu de se retrouver dans un établissement de soins prolongés, affirme Ann Nelson, une IA de Peterborough qui a traité bien des maux de pied. Ann travaille, en effet, comme infirmière indépendante (c.-à-d., à son compte) en soins des pieds depuis 15 ans. Un grand nombre d'IAA et d'IA ouvrent dans ce domaine en Ontario.

« Pensez-y, explique-t-elle : quelle autre partie de notre corps est autant malmenée jour après jour ? Chaque jour, une personne de taille et de poids moyens met une pression d'environ 700 tonnes sur ses pieds; si votre emploi exige que vous restiez debout ou que vous marchiez beaucoup, c'est encore pire ! Au fil du temps, vos pieds auront des problèmes; en fait, 80 % d'entre nous auront des maux de pied tôt ou tard. »

Bien qu'Ann et ses coéquipières voient des clients de tous âges et présentant divers symptômes - personnes en fauteuil roulant ou atteintes de diabète, d'arthrite ou d'obésité -, les personnes âgées sont le groupe le plus important. Les traitements varient beaucoup, du coupage d'ongles (du grand art, selon Ann) au traitement des ongles incarnés, des cors ou des infections fongiques. « Les infirmières donnent une touche spéciale aux soins des pieds puisqu'elles suivent une démarche holistique qui considère cette partie du corps comme un élément de la santé globale du patient.

« Il y a certains traitements effractifs, l'ablation de verrues ou d'oignons par exemple, que je ne peux pas faire, ajoute-t-elle. Dans ces cas-là, je renvoie mon patient vers un spécialiste. Or, de plus en plus de prestataires de soins découvrent qu'ils devraient savoir comment soigner les pieds, mais cela ne fait pas partie du programme d'études de base en sciences infirmières. » (En 1997, l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario a entièrement révisé ses Normes sur les soins des pieds. Tous les membres de la profession en Ontario sont tenus de les respecter.)

Ann aime enseigner les soins des pieds au collège communautaire de sa région et elle apprécie la liberté que lui accorde le statut de travailleuse autonome. Compte tenu de la tendance de plus en plus nette vers les soins à domicile pour les personnes âgées, la demande pour les soins des pieds croîtra; dans une région comme le comté de Peterborough, où réside un grand nombre de gens du troisième âge, l'entreprise d'Ann prospérera.

[début]

Le théâtre : Un outil de sensibilisation

Depuis 16 mois, la production de la troupe de théâtre Sage Age Players rafle les critiques élogieuses aux quatre coins du comté de Peterborough. Le spectacle se compose de dix saynètes axées sur le thème suivant : la santé des personnes âgées. « C'est un excellent moyen de faire passer notre message, affirme Ann McLeod, une IA qui travaille au bureau de santé de la ville et du comté de Peterborough, le commanditaire de la troupe. Tous les comédiens sont des personnes âgées : ils savent donc de quoi ils parlent. Leur pièce sensibilise les gens, suscite la discussion et fait changer les choses. » Il y a quelques années, le bureau de santé avait écrit une courte pièce, intitulée Pills and Spills, dans le cadre d'une campagne sur la prévention des chutes (la principale cause des admissions à la résidence pour personnes âgées). Ce fut un vrai succès ! Aussi, lorsqu'un des comédiens bénévoles a proposé de créer une troupe permanente, cela allait de soi. « Il avait fait partie de la troupe originale, à Perth, explique Mme McLeod. Il savait donc comment lancer un tel projet. Aujourd'hui, la troupe traite d'un éventail de sujets intéressant les personnes âgées : la santé, bien sûr, mais aussi les escroqueries et le veuvage, par exemple. » Le bureau de santé offre plusieurs programmes visant à garder les aînés en bonne santé plus longtemps : vérification des mesures de sécurité à la maison, cours de conduite pour personnes âgées, exercices physiques axés sur la force et la souplesse. Les infirmières du bureau de santé peuvent compter sur des partenaires dévoués et talentueux pour offrir ces programmes.

[début]

Le Programme de résolution collective : un outil d'autoréglementation

Aux termes du Code des professions de la santé réglementées afférent à la Loi sur les infirmières et infirmiers, l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) doit enquêter sur toutes les plaintes, orales ou écrites, déposées contre un des ses membres en Ontario. Or, on peut éviter un processus interminable, pénible et stressant.

Le Programme de résolution collective (PRC) incite les parties impliquées - le patient, l'infirmière ou l'infirmier, l'Ordre et, parfois, l'établissement - à résoudre ensemble les problèmes soulevés. Grâce au PRC, chacune des parties peut proposer des options et des solutions plutôt que de s'en remettre au Comité des plaintes (un comité permanent du Conseil de l'OIIO). Les parties règlent la plainte ensemble et tiennent compte de leurs intérêts respectifs.

Il existe diverses solutions : des séances de consultation entre le membre et une conseillère en exercice de la profession de l'OIIO; des activités d'apprentissage pour l'infirmière ou l'infirmier; des modifications aux politiques de l'employeur; le partage de points de vue par le biais de rencontre en vis-à-vis; une lettre d'excuses rédigée par l'infirmière ou l'infirmier à l'attention de la partie plaignante; voire plusieurs de ces mesures.

Un cas typique

Madame M. était à l'hôpital et devait subir une opération à la hanche. Sa fille a déposé une plainte à l'Ordre contre une des infirmières qui s'occupait de sa mère. La plainte portait sur deux incidents : à une occasion, l'infirmière aurait parlé d'un ton brusque et menaçant à la patiente; à une autre occasion, l'infirmière aurait laissé entendre que la patiente était frappée d'incapacité mentale.

Une enquête a révélé que l'infirmière et ses collègues médecins avaient mal compris et faussement interprété ce qu'on avait dit à la cliente au sujet de l'intervention qu'elle devait subir. Ainsi, l'infirmière avait présumé que madame M. savait certaines choses, alors qu'en fait elle ne les savait pas; ceci l'a rendue impatiente. On a décidé d'essayer de régler la plainte par le biais du PRC.

La fille de la cliente a déclaré qu'elle aimerait que l'infirmière s'excuse auprès de sa mère pour s'être mal conduite. Elle souhaitait également que l'infirmière suive des cours visant à améliorer ses aptitudes à la communication au sein d'une relation thérapeutique. Madame M. voulait que l'infirmière s'excuse d'avoir laissé entendre qu'elle était incapable. Elle voulait tourner la page et retrouver la confiance qu'elle avait perdue envers l'hôpital local.

L'infirmière a accepté de rencontre la mère et la fille, de s'excuser et de confirmer à la cliente qu'elle n'était pas confuse ou étourdie. Elle a également accepté de suivre un cours sur la communication au sein d'une relation thérapeutique à l'université de la région. La rencontre a eu lieu à l'hôpital. La mère a accepté les excuses de l'infirmière et les parties se sont quittées en bons termes après s'être serré la main.

On a envoyé aux trois parties une lettre et le résumé de la résolution du différend; la partie plaignante a retiré sa plainte.

Pour de plus amples détails sur le PRC, procurez-vous le dépliant Le Programme de Résolution Collective : Résoudre ensemble les paintes.

[début]

SI LA CONDUITE D'UNE INFIRMIÈRE VOUS INQUIÈTE...

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) a pour mission de « protéger le droit de la population à des soins infirmiers de qualité en guidant l'autoréglementation de la profession infirmière ». Pour ce faire, il établit les critères d'admission à la profession, inscrit les infirmières et infirmiers et élabore et applique des normes de conduite et d'exercice.

Il arrive, de temps en temps, que la conduite ou la compétence d'un membre suscite des inquiétudes. Un des principaux rôles de l'OIIO est d'enquêter sur toutes les plaintes, orales ou écrites, déposées contre ses membres par des patients, des employeurs, des collègues infirmières ou des membres du public. Une enquêteuse recueille tous les documents pertinents et interroge les personnes au fait des incidents invoqués dans la plainte. À la lumière de ces renseignements, elle prépare un rapport qu'elle soumet au Comité des plaintes. Ce comité est formé d'IA, d'IAA et de membres du public. Après avoir étudié l'affaire, le Comité décide s'il convient de prendre d'autres mesures comme, par exemple, le recours au Programme de résolution collective (voir l'article précédent).

Le Comité peut également recommander une audience disciplinaire, où le membre et la partie plaignante sont représentés par un avocat. Si le jury décide que la plainte est fondée, il peut recommander diverses mesures, depuis l'avertissement oral jusqu'à la révocation du certificat d'inscription.

[début]

PRÉVENIR LES MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS AUX PATIENTS

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) prend très au sérieux la question de la violence envers les patients, qu'elle soit infligée par des membres de la profession infirmière ou par d'autres prestataires de soins. Cette préoccupation s'inscrit d'ailleurs dans sa mission visant à protéger le droit de la population à des soins infirmiers de qualité en guidant l'autoréglementation de la profession infirmière.

Les Normes sur la relation thérapeutique, document de l'OIIO que toutes les infirmières et tous les infirmiers de l'Ontario doivent respecter, visent à créer le meilleur milieu possible pour les soins de santé. Ce document précise ce qui constitue un comportement acceptable dans des situations données et propose des lignes de conduite. Il définit, et illustre par des exemples, les mauvais traitements physiques, verbaux, affectifs et sexuels et la négligence des patients.

Le programme Un c'est un de trop vise à sensibiliser davantage les membres de la profession infirmière en Ontario à la question de la violence. Il a pour but d'aider le personnel infirmier à reconnaître les signes avant-coureurs du comportement abusif et à respecter leur obligation de signaler tout acte de violence commis par d'autres collègues.

« Les personnes âgées sont parmi les plus vulnérables à la violence, déclare Margaret Risk, la directrice générale de l'OIIO. Elles craignent souvent que si elles signalent ces mauvais traitements, on cessera de les soigner. Mais, elles ne devraient pas avoir peur de dénoncer la violence. Car, il est probable que la violence cessera dès qu'elles parleront, ce qui est un bienfait pour eux, pour les autres patients et pour l'équipe soignante. »

Renseignements complémentaires sur le programme de prévention des mauvais traitements : 1-800-387-5526.

[début]

LES SOINS PROLONGÉS : QUI SONT LES ACTEURS ?

Cette série d'articles intitulés « Qui sont les acteurs ? » vous permettra de pénétrer dans divers établissements de soins et de connaître les diverses personnes qui y ouvrent. Le présent numéro porte sur un foyer pour personnes âgés de taille moyenne et bien établi à Kitchener.

Au foyer Sunnyside, un grand établissement de 263 lits dont la liste d'attente est longue, il est difficile de distinguer les acteurs d'après leur tenue. En effet, les uniformes ne donnent aucune indication, puisqu'on y trouve des intervenants vêtus de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. « Nous encourageons le port de vêtements confortables de couleurs vibrantes, affirme Gail Carlin, IA, l'administratrice du foyer. Autrement, il n'y a pas de code vestimentaire. »

Chaque membre du personnel porte toutefois un gros macaron sur lequel figure son nom et sa désignation professionnelle (IA, IAA, aide-soignant, etc.). « Le conseil des pensionnaires nous a conseillé, fort judicieusement d'ailleurs, d'adopter des insignes d'identité grand format dont les caractères sont faciles à lire et de nous assurer que la désignation professionnelle y soit clairement indiquée », explique Gail Carlin. (L'OIIO exige que tous ses membres portent un insigne quelconque précisant leur nom et leur catégorie professionnelle.)

Ainsi, si vous rendiez visite à votre tante au foyer Sunnyside, il vous suffirait de lire le macaron de la personne qui la soigne pour savoir s'il s'agit d'une IAA (infirmière auxiliaire autorisée) ou d'une aide soignante, par exemple. Il vous serait toutefois plus simple de le découvrir en observant cette personne à l'ouvre. « Il va sans dire que nous nous entraidons tous au besoin, affirme Gail. Mais, en général, les rôles sont très clairement définis. »

Le foyer emploie environ 260 personnes, dont 115 à temps plein, et bénéficie de la présence de plus de 200 bénévoles. On y trouve des préposés à la buanderie, aux services alimentaires et à l'entretien. Y travaillent également deux travailleuses sociales, quatre récréologues, un musicothérapeute, une diététiste et un aumônier. Le foyer peut aussi faire appel à cinq médecins, ainsi qu'à des physiothérapeutes, à des ergothérapeutes et à des orthophonistes.

Les prestataires de soins en poste se répartissent en quatre groupes. Habituellement, l'équipe de jour se compose des personnes suivantes :

  • 8 infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés (IAA)
  • 3 infirmières et infirmiers autorisés (IA)
  • 21 aides soignants
  • 12 assistants aux pensionnaires

Les assistants aux pensionnaires s'occupent de l'entretien. Ils changent la liiterie, servent les repas, aident les pensionnaires à s'alimenter, répondent aux appels des pensionnaires et transportent ces derniers le cas échéant. Les aides soignants prodiguent la plupart des soins généraux aux pensionnaires et les aident à accomplir bon nombre de leurs activités quotidiennes (toilette, vêtements, alimentation et autres).

Ces deux catégories de prestataires sont non réglementées, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de normes provinciales sur les soins qu'ils prodiguent. Les membres du personnel infirmier, par contre, (IA et IAA) sont réglementés par l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario et doivent répondre de leur conduite devant cet organisme.

Au foyer Sunnyside, les IAA administrent les médicaments, changent les pansements et effectuent la plupart des traitements infirmiers routiniers. Les IAA doivent tenir des dossiers sur leurs interventions, comme le font les IA. Les IA agissent surtout à titre de superviseures cliniques. Cela n'empêche que, durant leur quart de travail, elles doivent rendre visite à chacun des quelque 90 pensionnaires dont elles sont responsables. Les infirmières gestionnaires et la directrice de soins sont des infirmières; au foyer Sunnyside, l'administrarice l'est également.

Les IA participent à la prestation de soins lorsque le traitement est particulièrement complexe. Mais, en général, elles sont responsables de l'évaluation initiale et permanente des pensionnaires, de la coordination des plans de soins individuels et de la tenue des dossiers.

Bien que les tâches de chaque catégorie de prestataires soit clairement définies, tous peuvent être appelés à participer à des conférences sur les soins. Car le musicothérapeute, l'aumônier, les aides soignants, les IAA et les IA peuvent avoir des suggestions pour le traitement d'un pensionnaire donné, et leur opinion est prise au sérieux.

« Chaque membre du personnel a des compétences et des opinions à contribuer, explique Gail. Conjuger ces compétences et opinions et impliquer les pensionnaires et leur famille à la planificiation des soins se traduit par des services et des soins de haute qualité. Voilà notre objectif. »

[début]

QU'EST-CE QUE LA PROFESSION INFIRMIÈRE ?

Le but de la profession infirmière est de rétablir, de préserver et d'améliorer la santé du patient. C'est une « science » autant qu'un « art ». Une science parce que les infirmières et les infirmiers doivent appliquer leurs connaissances professionnelles et techniques; un art parce qu'ils doivent établir une relation thérapeutique fondée sur la bienveillance et la compassion, relation qui leur permettra d'appliquer leurs connaissances et leur jugement. Ainsi, les infirmières et les infirmiers se préoccupent de la personne, pas seulement de sa maladie.

Les infirmières et les infirmiers peuvent jouer des rôles divers (prestataire de soins, administratrice, enseignant, chercheuse) dans toutes sortes de milieux, dont les hôpitaux, les établissements de soins prolongés, le domicile du patient, des cliniques, des entreprises ou des salles de classe. Ils soignent des patients de tous âges dont l'état de santé peut être excellent ou menacé.

En Ontario, la profession infirmière comprend deux catégories de membres : les infirmières et infirmiers autorisés (IA) et les infirmières et infirmiers auxiliaires autorisés (IAA). Les membres des deux catégories sont soumis aux mêmes exigences réglementaires; ils doivent se conformer aux mêmes normes d'exercice et les processus de discipline, de plaintes et d'inscription sont les mêmes pour tous les membres de la profession. Les deux catégories se distinguent toutefois dans deux domaines : les critères en matière de formation et le champ de compétence. Bien que tous les étudiants en sciences infirmières étudient la même science, le programme d'études des IA est plus approfondi et plus long, ce qui permet aux IA diplômées de prodiguer des soins dans des situations complexes.

L'OIIO ne réglemente que ces deux catégories d'infirmières et infirmiers (bien qu'il y ait des sous-catégories, dont les infirmières praticiennes). D'ailleurs, seuls les membres de ces deux catégories ont le droit d'utiliser le titre « infirmière » ou « infirmier ». Il ne faut jamais hésiter à demander à la personne qui vous soigne de préciser sa catégorie professionnelle.

[début]

JOURNAL DE BORD D'UNE INFIRMIÈRE AUXILIAIRE AUTORISÉE EN SOINS PROLONGÉS

Debbie Adams, IAA, travaille au foyer Rainy Crest pour personnes âgées à Fort Frances depuis 16 ans. Suivent ses réflexions sur certains problèmes auxquels elle est confrontée au travail.

Imaginez ne pas pouvoir subvenir à vos propres besoins, ne pas pouvoir vivre chez vous en raison d'une affection physique ou mentale. Il ne faut surtout pas dire : « Oh, cela ne m'arrivera jamais », parce que vous pourriez vous retrouver, un jour, dans la même situation que les pensionnaires actuels du foyer Rainy Crest pour personnes âgées.

J'y travaille à titre d'infirmière auxilaire autorisée depuis 16 ans, et j'ai connu de nombreuses personnes qui souhaitaient à tout prix retourner à leur domicile et d'autres qui semblaient accepter d'assez bon gré leur vie au foyer. Dès le début de mon quart de travail, ces pensionnaires sont mon principal souci. C'est pour eux que je travaille au foyer Rainy Crest et je crois qu'en tant qu'infirmière je dois tenter d'assurer leur confort.

À mon arrivée, je dois d'abord étudier le rapport du quart précédent afin de connaître l'état des pensionnaires dont je devrai m'occuper ce jour-là. Ensuite, je prépare et distribue les médicaments, moment privilégié pour les rapports intimes avec les pensionnaires. Aujourd'hui, je me suis penchée vers une une femme qui avait le regard vague, perdu, et lui ai demandé ce qui n'allait pas.

« J'aimerais jaser avec quelqu'un, m'a-t-elle répondu. Je m'ennuie. » Je me suis agenouillée à ses côtés et lui ai parlé de choses et d'autres jusqu'à ce qu'enfin elle a ri un peu. Mais, surtout, elle avait oublié sa solitude. Ma récompense : voir l'expression de joie sur sa figure et savoir que mon intervention lui avait apporté un peu de bonheur.

Nous consignons des notes aux dossiers à mesure que nous distribuons les médicaments. Nous effectuons également une multitude de traitements, dont soigner les plaies et changer les pansements. Avec les aides soignants, je soulève et déplace des pensionnaires, je les aide à manger, à se laver et je réponds aux besoins qui surgissent durant la journée.

Je soigne 84 pensionnaires durant mon quart. Évidemment, je ne suis pas seule. Mes collègues et moi collaborons et, ensemble, formons une équipe du tonnerre. Grâce à l'entraide, nous faisons un emploi efficace de notre temps et avons la souplesse nécessaire pour répondre aux pensionnaires qui ont besoin d'une aide urgente. Ma réaction envers un de ces pensionnaires vous donnera une idée des méthodes de communication que nous devons employer avec ces derniers.

Un jour, je suis partie à la recherche d'un pensionnaire qui était sorti de l'immeuble. Lorsque je l'ai rattrapé, je lui ai demandé : « Monsieur Gendron, pourquoi avez-vous quitté le foyer ? ». Voici ce qu'il m'a répondu : « Je n'ai pas d'enfants, pas de femme et tous mes amis sont morts. Comment vous sentiriez-vous si personne ne venait jamais vous visiter ? Je serais mieux mort ! Vous n'avez pas d'idée ce que c'est que d'être vieux et seul au monde. »

Je lui ai souri et je l'ai pris par la main. « Vous avez tort, monsieur Gendron, lui ai-je affirmé. Vous avez beaucoup d'amis ici qui vous aiment et qui se préoccupent de vous. Si vous nous quittiez, ça nous ferait beaucoup de peine ! Le jour de votre arrivée, vous m'avez fait tant rire ! Vous vous rappelez ? Je vous aidais à vous préparer pour la nuit et je vous ai demandé si vous vouliez que je mette votre pyjama. Et sans battre de l'oil, vous m'avez répondu, "Tu peux bien, ma fille, mais je doute qu'il te fasse." »

Nous avons bien ri en nous rappelant l'expérience, puis il m'a dit : « Tu as raison. J'ai peut-être quelques amis ici. » Quelques minutes plus tard, il était de retour dans sa chambre.

Cela m'attriste parfois de ne pas pouvoir consacrer tout le temps que j'aimerais avec les pensionnaires à cause du manque de personnel. On dirait parfois que les pensionnaires sont sur un tapis roulant et que mes collègues et moi devons nous en occuper en un clin d'oil. Durant les périodes les plus chaotiques, je dois m'accrocher à mon sens de l'humour afin d'équilibrer ma journée.

Un soir, alors que je vérifiais les pensionnaires après l'heure du coucher, j'ai surpris une pensionnaire qui essayait de monter dans le lit d'un autre. Je lui ai dit doucement, « Madame Lecourt, ce n'est pas votre lit. Allez, je vais vous ramener à votre chambre. » C'est un petit bout de femme qui ne ferait pas de mal à une mouche, mais, cette fois, elle ne voulait rien savoir ! Elle s'est mise à me donner des coups de pied et à me frapper du poing. Cela m'a pris beaucoup de patience et de persistance, mais à force de lui parler doucement, j'ai finalement réussi à la ramener à sa chambre. Une fois couchée, elle m'a regardée d'un oil furieux et, en tirant rageusement ses couvertures par-dessus sa tête, m'a dit : « si tu penses que je vais oublier ça, tu te trompes, ma chère ! »

J'ai respiré profondément et j'ai essayé de me mettre à sa place. Comment me sentirais-je si, pour des raisons indépendantes de ma volonté, je perdais tout ce qui me tenait à cour ? Je savais que ce n'était pas contre moi qu'elle rageait, mais contre sa situation. Et je ne pouvais pas m'empêcher de l'admirer.

Administrer des soins personnels est une tâche très compliquée au foyer Rainy Crest. Car, il ne s'agit pas simplement de prodiguer des soins physiques, mais bien de faire sentir aux pensionnaires que nous nous préoccupons d'eux et de leur procurer un peu de bonheur. Jamais je ne considérerais les pensionnaires comme de simples numéros. Ce sont des personnes qui méritent notre respect, et c'est pour elles que je suis là.

 

[top]