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Les soins infirmiers et vous

Volume 1, n° 4 Août 1999 - Dans tous les cantons...


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EXERCER LA PROFESSION EN RÉGION ÉLOIGNÉE

Le présent numéro des Soins infirmiers et vous brosse le portrait d'infirmières ouvrant dans des localités situées aux quatre coins de la province. Ingolf, à la frontière du Manitoba, se trouve à environ 2 000 kilomètres de Saint-Eugène, un village à quelques minutes de la frontière du Québec. Fort Severn, par contre, est inaccessible par la route. Cette collectivité crie est située au 14e degré de latitude, à environ 1 800 kilomètres, à vol d'oiseau, au nord des vignobles de l'île Pelee, dans la région du Lac Érié, près de la frontière américaine. À la lecture de ces articles, vous découvrirez que même si l'Ontario est un vaste territoire, il y a une infirmière ou un infirmier - un des 140 000 membres de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario - dans tous les cantons. Bref, que vous avez toujours près de vous des soins de qualité.

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DES INFIRMIÈRES À LA RESCOUSSE EN HÉLICO

À l'extrême-ouest de la province se trouve une vaste région de lacs, de forêts, de roches. Y sont quand même nichées de petites localités, dont quelques réserves indiennes et camps de pêche où se sont établis, en permanence, quelques personnes. Le village d'Ingolf fait partie de ceux-ci. Cette localité, presque à cheval sur la frontière manitobaine, est le village le plus à l'ouest en Ontario.

Plusieurs de ces localités sont inaccessibles par la route. Mais pas Ingolf ! En effet, la route 132 y mène... une route manitobaine. Une ambulance partant de l'hôpital ontarien le plus près (l'hôpital Lake of the Woods, à Kenora) devrait faire une heure de route au Manitoba avant d'y arriver. Voilà pourquoi, en cas d'urgence, les résidents d'Ingolf font appel au service d'ambulance aérienne de Kenora, comme le font plusieurs des localités voisines.

Lorsque l'hélicoptère atterrit à Ingolf (la plupart de ces localités ne sont pas dotées de terrains d'atterrissage pour avions à voilure fixe), il y a trois personnes à bord : le pilote, le copilote et une infirmière. Celle-ci a comme tâche d'examiner le patient et de le stabiliser pour le vol jusqu'à Kenora. Depuis neuf ans, ce service est assuré par les infirmières de Wings of Mercy, une entreprise dirigée par Carolyn (Lyn) Mychalyshyn, IA.

En 1990, tout laissait croire que Kenora allait perdre son service d'ambulance aérienne en raison d'une pénurie de préposés aux soins médicaux d'urgence. Que feraient ces localités isolées en cas d'urgence ? Les accidents de bateau et de chasse étaient fréquents; sans ambulance aérienne, qu'arriverait-il aux victimes ?

Lyn travaillait à l'urgence de l'hôpital Lake of the Woods. De concert avec d'autres collègues infirmières, elle a proposé des services de façon temporaire. Les infirmières continueraient de travailler à temps plein à Kenora et assumeraient, à tour de rôle, la permanence pour l'ambulance aérienne. Lyn a donc fondé Wings of Mercy, une entreprise privée. Neuf ans plus tard, les infirmières sont encore au poste.

« Nous avons à un besoin communautaire urgent, explique Lyn. Et cela a été avéré un défi professionnel extraordinaire pour nous et une occasion d'élargir nos horizons. Nous avons suivi la formation requise et sommes très fières de ce que nous avons accompli. » Lyn avoue également qu'elle rêvait de voler en avion depuis longtemps et qu'elle a pu réaliser son rêve. « C'est un boulot passionnant qui complète bien mon travail à l'urgence », poursuit-elle.

Une des infirmières de Wings of Mercy est de garde 24 heures sur 24. Dès que son téléavertisseur sonne, elle se rend en voiture à l'aéroport, rapidement mais prudemment. Tout au long du trajet, le régulateur l'informe sur l'état du patient. Elle aide les pilotes à charger l'équipement nécessaire, et c'est le décollage. À l'arrivée, l'infirmière peut demander aux pilotes et aux personnes présentes (policiers, membres de la famille du patient) de l'aider à transporter et stabiliser le patient, mais elle est entièrement responsable des soins et du traitement. Et, fait remarquer Lyn, « nous devons employer nos compétences les plus poussées ».

Pendant le trajet de retour, l'infirmière est en communication constante avec l'hôpital Lake of the Woods, afin de préparer le personnel à l'arrivée du patient. Après avoir prodigué quelques soins à l'hôpital, elle retourne chercher sa voiture à l'aéroport et rentre chez elle. Un appel prend, en moyenne, de trois à quatre heures; ceci s'ajoute à une carrière déjà bien remplie.

À l'automne 1999, Wings of Mercy cessera son service « temporaire » à bord d de l'ambulance aérienne. Des techniciens médicaux d'urgence à temps plein prendront la relève. « Le moment est venu de remiser nos téléavertisseurs et de faire le plein de sommeil, déclare Lyn. Nos familles seront enchantées de nous revoir. Mais, ce fut une expérience enrichissante; je crois que nous avons rendu un fier service à la communauté et à l'hôpital. Et je n'hésite pas à dire à mes collègues de saisir une telle occasion si elle se présente. »

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ÉDITORIAL : CRÉER DES LIENS PARTOUT EN PROVINCE

Comme le révèlent ces articles, on trouve des infirmières et des infirmiers dans les moindres recoins de la province. La population ontarienne peut compter sur près de 140 000 membres, chacun ayant une expérience professionnelle unique.

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario réglemente la profession infirmière et a pour mission de protéger le droit de la population à des soins infirmiers de qualité partout en Ontario. Étant donnée l'immense superficie de notre territoire, comment nous acquittons-nous de cette tâche en ayant notre siège social à Toronto ?

En communiquant efficacement. Nous cherchons à sensibiliser la population à l'Ordre, à son rôle en matière de réglementation de la profession infirmière et aux droits des patients à recevoir des soins infirmiers de qualité. D'ailleurs, Les soins infirmiers et vous est un élément important qui vient de s'ajouter à notre arsenal d'outils de communications.

Nous devons également bien communiquer avec nos membres afin de les aider à rester à la fine pointe des enjeux pour la profession infirmière et des normes qu'elles doivent respecter. Et le Communiqué, périodique destiné à nos membres publié quatre fois l'an, est le véhicule de choix, puisque tous nos membres le reçoivent et doivent le lire.

En outre, nous avons mis sur pied un réseau de formation - 75 infirmières des quatre coins de la province - qui ont animé, au cours des trois dernières années, des ateliers sur les normes et les programmes de l'Ordre. Quelque 56 000 infirmières ont participé à ces séances qui se déroulaient en milieu de travail.

Une autre ressource importante : le site Internet de l'Ordre (www.cno.org). Ce site est ouvert aux membres et au public et présente des extraits de nos publications importantes ainsi qu'une foule de renseignements utiles et intéressants.

Nous espérons, qu'avec ces moyens, la population et nos membres seront mieux informés et plus avisés, des qualités essentielles à un réseau de santé de qualité.

Mary MacLeod, présidente du Conseil
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario

Margaret Risk, IA, directrice générale
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario


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SOINS À DOMICILE DANS L'EST DE L'ONTARIO

La connaissance des deux langues officielles est obligatoire si vous voulez exercer comme infirmière visiteuse dans l'Est de l'Ontario. Certaines villes, Van Kleek Hill par exemple, sont presque entièrement peuplée d'anglophones. Mais, à Saint-Eugène, un village à quelques kilomètres, la population francophone domine.

Lina Le Touzel, infirmière auxiliaire autorisée (IAA), travaille comme infirmière visiteuse auprès de l'organisme Bayshore Health Care. Et la question linguistique ne lui pose aucun problème. Elle estime d'ailleurs qu'être bilingue, c'est-à-dire capable de communiquer facilement avec le patient dans l'une ou l'autre langue, est un atout essentiel dans ce métier.

Après avoir ouvré plusieurs années dans un foyer de soins infirmiers à Hawkesbury, Lina élargit ses horizons d'IAA et tire pleinement parti de ses compétences en cumulant deux emploi : infirmière visiteuse auprès de l'organisme Bayshore et infirmière de chevet à l'hôpital régional de Hawkesbury. Mais ce qui lui donne le plus de liberté, ce sont les soins à domicile, le fait de soigner le patient là où il se sent le plus à l'aise.

« J'aime beaucoup le rapport intime qui se crée à la maison, explique-t-elle. Je peux consacrer plus de temps à mon patient; j'aime beaucoup la liberté que cela me donne. J'en profite aussi pour enseigner au patient et à sa famille comment se soigner. »

Lina a suivi son cours de base en sciences infirmières à Ottawa. Elle a aussi suivi des cours spécialisés afin d'enrichir et d'approfondir ses connaissances. La majorité de ces cours étaient donnés en anglais, mais sa langue maternelle est le français.

« J'ai toujours voulu être une infirmière, avoue-t-elle. Je peux penser et travailler dans les deux langues, donc ce n'était pas vraiment un obstacle. Même si plusieurs de mes patients sont anglophones, je peux quand même rédiger la plupart de mes rapports en français. C'est bien. »

À titre d'infirmière visiteuse, Lina parcourt plus de 100 kilomètres par jour et passe de 30 à 40 minutes avec chacun de ses 9 ou 10 patients. Elle voit certains patients quotidiennement, mais d'autres seulement deux fois par mois. Elle soigne les pieds, change les pansements, mesure la tension artérielle et aide les patients avec leurs médicaments. Si elle juge qu'un patient devrait rencontrer une infirmière autorisée ou un médecin, elle le signalera au responsable des dossiers au Centre d'accès aux soins communautaires de Hawkesbury.

Comme tout autre travailleur faisant des visites à domicile, Lina doit être prête pour les imprévus. « Une fois, un chien m'a mordu la main, dit-elle en riant. Mais, généralement, les gens sont très contents de me voir. »

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COMMUNIQUER AVEC LES INFIRMIÈRES FRANCOPHONES DE L'ONTARIO

L'OIIO traduit la plupart de ses publications en français à l'intention de l'importante population d'infirmières et infirmiers francophones en Ontario. Ainsi, le Communiqué paraît en français et en anglais et, depuis plusieurs années, tous nos documents sur l'exercice sont publiés simultanément dans les deux langues officielles. Signalons également que le Centre de services à la clientèle, au service des infirmières et de la population, et notre site Internet sont entièrement bilingues.

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PRODIGUER DES SOINS EN RÉGION ÉLOIGNÉE : PORTRAIT D'UNE INFIRMIÈRE

Fort Severn est un village cri où habitent environ 400 personnes. Le trajet en bateau sur la rivière Severn, le seul moyen d'y accéder, dure 30 minutes. C'est la localité la plus au nord de l'Ontario, et le terme « isolée » commence à peine à décrire la réalité.

Mais cela n'a aucunement intimidé Liette Cere, infirmière suppléante de Santé Canada, lorsqu'elle a appris son affectation temporaire au poste d'infirmières de Fort Severn. Après tout, elle fait ce genre de travail depuis 25 ans.

« Je suis une Métis, dit-elle simplement. Mon père était prospecteur; ma tante était infirmière en santé publique. Ce genre d'environnement et cette façon d'exercer la profession, c'est tout naturel pour moi. J'aime relever les défis que m'offre un tel poste et je m'adapte facilement. »

Durant sa carrière, amorcée il y a 25 ans, Liette a ouvré comme infirmière dans le Grand Nord canadien. Chaque collectivité possède sa propre culture. Les habitants partagent le même dialecte, teinté ici et là de légères différences, et presque le même système de valeurs qui influent sur leur attitudes à l'égard de certains aspects de la prestation moderne des soins de santé. Mais le rôle de Liette est toujours le même, quel que soit l'endroit.

« L'infirmière en région éloignée joue un plus grand rôle, explique-t-elle. Nous faisons tout : immunisations, accouchements, petites chirurgies, les sutures par exemple. Aussi devons-nous posséder des compétences très solides en matière d'évaluation et de diagnostic. Ici, à Fort Severn, le médecin-conseil est à Halifax, à des milliers de kilomètres d'ici. [Il vient au village à quelques reprises durant l'année.] Il pourrait sans doute vous réciter le dossier de chacun des villageois, mais ce qui compte c'est de faire appel à ses compétences avec efficacité et d'éviter des appels inutiles. En fait, je suis très autonome.

« Il faut connaître parfaitement ses propres compétences et ses propres limites. On apprend aussi à s'affirmer. Si un médecin m'autorisait à exécuter une intervention pour laquelle je ne me sens préparée, je ne le ferais pas. Je réserverais un avion et transporterais d'urgence le patient à Sioux Lookout. »

En tant qu'infirmière suppléante, Liette agit aussi comme enseignante et mentor, deux rôles très importants. Elle découvre souvent, à son arrivée à un poste en région éloignée, que ses collègues infirmières n'ont aucune expérience du Grand Nord, ou très peu. « Elles sont inexpérimentées et prêtes à foncer, dit-elle en riant. Je dois les guider non seulement sur le plan professionnel, mais aussi sur le plan personnel. Car vivre ici peut être difficile parfois. »

Dans la plupart des postes d'infirmières en région éloignée, la routine règle la vie des employés. Le matin, Liette commence par revoir les événements de la nuit précédente avec l'infirmière de garde (il y au moins une infirmière de garde 24 heures sur 24). La matinée est consacrée aux soins médicaux généraux (avec ou sans rendez-vous) et aux urgences. (Le poste a une bonne réserve de fournitures médicales.) En après-midi, elle s'occupe de cas spécialisés, de tâches administratives ou des visites à domicile. Lors de ses visites, une représentante en santé communautaire nommée par la Première Nation l'accompagne souvent pour traduire et mettre le patient plus à l'aise.

En soirée, Liette doit faire preuve de créativité pour meubler son temps libre, car, les loisirs sont plutôt rares dans bien des localités en régions éloignées. « En hiver, particulièrement, il ne faut pas se laisser abattre par l'isolement ou la pénurie de denrées fraîches. En fait, il faut savoir se débrouiller parce que, si ta fournaise lâche, dans bien des cas c'est toi qui dois la réparer. Tous ces facteurs entraînent un roulement élevé des infirmières. Pour d'autres, par contre, ce défi constant les nourrit. Je pense bien faire partie de ce groupe-là ! »

Liette exerce en région éloignée depuis longtemps et a décidé de prendre une pause cet été. Elle deviendra alors gérante d'un magasin d'antiquités à Van Kleek Hill, son village natal situé au sud-est d'Ottawa.

« C'est un autre monde, s'exclame-t-elle. Et l'adaptation est lente au printemps. Mais, c'est un changement qui me fait du bien, et à l'automne, je suis prête à remonter vers le Nord. »

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LES SOINS ADAPTÉS À LA CULTURE

En juin 1999, l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario a envoyé à tous ses membres un exemplaire du Guide sur la prestation de soins adaptés à la culture, le fruit d'une vaste consultation auprès d'infirmières partout en Ontario. Ces normes d'exercice, que doivent bien connaître tous les membres de la profession, offrent des conseils pratiques sur la prestation efficace de soins infirmiers aux différents groupes ethnoculturels en Ontario. Liette Cere, par exemple, a découvert au fil des ans que ses efforts de promotion de la santé auprès des collectivités autochtones du Nord de l'Ontario auront plus de succès si elle utilise des vidéos ou des démonstrations, plutôt que des dépliants ou des feuillets. « Il y a des différences entre chaque collectivité, voire entre chaque patient, déclare-t-elle, mais, règle générale, les gens réagissent mieux aux techniques visuelles. »

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LA COLLABORATION ENTRE INFIRMIÈRES ET EMPLOYEURS AFIN DE CRÉER DES MILIEUX DE TRAVAIL DE QUALITÉ : UN OUTIL D'AUTORÉGLEMENTATION

« Les infirmières parlent beaucoup de leur milieu de travail, des problèmes qu'entraîne telle procédure ou telle directive, explique Dawn Norling, infirmière auxiliaire autorisée aux hôpitaux fusionnés de Sault Ste. Marie. Alors, dès qu'on m'a donné l'occasion de passer à l'action, j'ai embarqué. »

Les infirmières de l'hôpital de Sault Ste. Marie ont eu cette occasion grâce au programme novateur offert par l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario. Dans le cadre de sa mission - protéger le droit de la population à des soins infirmiers de qualité -, l'Ordre doit aider ses 140 000 membres à respecter des normes d'exercice élevées. Il a donc élaboré, à cet effet, le Programme d'assurance de la qualité (PAQ).

Un des volets du PAQ est l'exercice réfléchi. Tous les ans, chaque infirmière et infirmier recense ses points forts et dresse un plan d'apprentissage visant à combler ses lacunes. Aux termes de la Loi, tous les membres de la profession qui exercent en Ontario sont tenus de participer à l'exercice réfléchi.

Un autre volet du PAQ met l'accent sur les milieux de travail. Il s'agit du Programme de consultation auprès des employeurs® (PCAE®), une initiative novatrice à laquelle participent volontairement les employeurs et les infirmières. Le but de ce programme est de cerner les caractéristiques du milieu de travail qui pourraient être améliorées afin de favoriser davantage la qualité des soins prodigués. Le PCAE a été lancé officiellement en février 1999, après des essais-pilote réussis. Il y a maintenant une liste d'attente.

Selon Éric Doucette, un employé de l'Ordre qui travaille sur place avec les participants au programme, « les infirmières raffolent du PCAE parce que ce programme cherche à améliorer leur milieu de travail par le biais de la collaboration avec l'employeur. On l'a conçu parce que des infirmières nous ont dit : "Comment parler de la qualité des soins sans parler de la qualité du milieu où ils sont prodigués ?" ».

L'hôpital de Sault Ste. Marie faisait partie des établissements participant aux essais-pilote, et c'est ce qui a permis à Dawn Norling de s'impliquer. Ses collègues l'ont choisie pour animer le groupe de travail du PCAE.

« Lorsque nous avons entrepris le PCAE à la fin de 1997, explique Dawn, les hôpitaux locaux venaient de fusionner. Les gens ne savaient pas ce qu'il adviendrait de leur emploi; ils étaient peu motivés. Le PCAE nous a donné l'occasion de travailler ensemble à quelque chose de positif, de faire entendre notre point de vue. Cela a pris un peu de temps, mais les infirmières ont fini par comprendre les avantages de ce projet. »

L'OIIO envoie à toutes les infirmières de chevet un questionnaire exhaustif d'évaluation des points forts et des points faibles de l'employeur dans des domaines aussi divers que l'équipement, les communications et les occasions de perfectionnement professionnel. Le groupe de travail, composé de membres du personnel infirmier et de la direction, examine ensuite les résultats du sondage et dresse un plan d'action. À Sault Ste. Marie, ce plan ratissait large : du nombre de pichets à eau jusqu'à la charge de travail des employés. Il a été soumis à la direction en octobre 1998, qui l'a pris très au sérieux. Bon nombre de modifications ont déjà été mise en ouvre, d'autres sont au programme.

« Au début, le PCAE nous paraissait énorme, avoue Dawn. Il y avait trop de questions à aborder, et faire participer les gens demandait trop d'énergie. Mais, nous avons été bien soutenues, tant par l'employeur que par l'Ordre. J'ai beaucoup appris sur moi-même et sur l'efficacité de soins de qualité. Au bout du compte, je crois que les hôpitaux fonctionneront plus efficacement et deviendront des endroits plus agréables pour les infirmières et pour la population. »

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DES INFIRMIÈRES ONTARIENNES FONT L'ACTUALITÉ :
SECOURIR LES KOSOVARS

« Je ne m'apitoierai plus jamais sur mon sort, s'exclame Susan Stewart, IA, de Collingwood. Cette expérience m'a ouvert les yeux. Durant la première semaine, je me couchais en larmes tous les soirs. C'était bouleversant d'entendre les gens décrire ce qu'ils avaient vécu. »

Le 5 mai, Susan Stewart, qui est gestionnaire clinicienne à VON à Barrie a reçu un appel du bureau ontarien de son organisme. On lui demandait d'établir, de toute urgence, une clinique à l'intention des réfugiés kosovars. Elle a accepté et, moins de 48 heures plus tard, les premiers Kosovars arrivaient à Trenton et se dirigeaient, par autobus, vers la base de Borden. À la mi-juin, il y avait environ 950 réfugiés dans ce camp, l'un de six dans l'Est du Canada.

« Je ne me sentais ni dépassée, ni paniquée, explique-t-elle. J'avais établi des unités de soins infirmiers en milieu hospitalier auparavant, mais jamais aussi rapidement. Évidemment, j'aurais préféré avoir plus de temps pour bien réfléchir aux décisions que je prenais, mais c'était impossible. Par conséquent, je remettais en question toutes mes décisions et analysais constamment tous mes gestes. »

VON a lancé un appel urgent, par Internet, à ses membres partout dans la province. La section de Windsor a immédiatement dépêché neuf infirmières comme solution intérimaire. Bientôt, des infirmières de partout au Canada s'étaient portées bénévoles. La plupart d'entre elles avaient obtenu un congé sans solde de leur emploi, mais certaines avaient tout simplement démissionné, sachant qu'il s'agissait d'une expérience unique et fort précieuse. L'Ordre a accéléré le processus d'inscription de ces infirmières.

VON et Immigration Canada (qui administrait et finançait toutes les interventions auprès des réfugiés) savaient que les réfugiés souffriraient de problèmes de santé. Or, l'évaluation du premier groupe, à Trenton, a révélé qu'ils avaient sous-estimé les problèmes. En très peu de temps, la clinique de Susan s'est transformée à la fois en salle d'urgence et en service de santé publique puis, en hôpital.

À leur arrivée, les réfugiés souffraient d'un nombre inouï de problèmes depuis la malnutrition jusqu'à la tuberculose chronique, en passant par la dysenterie. Bon nombre d'entre eux n'avaient pas pris de médicaments pour le cour ou pour le diabète depuis des semaines et il fallait les stabiliser. Les problèmes dentaires étaient graves (l'hôpital emploie maintenant deux dentistes à temps plein), de même que les problèmes de vision (bien des gens avaient perdu leurs verres). N'oublions pas non plus les problèmes psychologiques découlant d'expériences telles qu'être expulsé de son domicile, avoir été violée ou avoir vu mourir des parents et des amis.

« Nous avons des psychiatres pour traiter les réfugiés, mais les infirmières ont eu besoin, elles aussi, de thérapie, car elles étaient très bouleversées par les récits des réfugiés. »

Il a fallu composer avec de nombreux écarts culturels. « Les Kosovars sont musulmans et ont une attitude patriarcale marquée, explique Susan. Accepter le rôle des infirmières praticiennes s'est donc avéré difficile. (L'hôpital compte neuf IP, 10 IA et 23 IAA.) Par ailleurs, nous avons constaté très tôt que nous préparions incorrectement la viande servie à la salle à manger et avons dû remédier à la situation. » Huit traducteurs albanais sont en poste en tout temps à l'hôpital et VON a rapidement produit un manuel qui inclut un dictionnaire anglais-albanais à l'intention du personnel infirmier.

« Au début, poursuit-elle, on avait l'impression que, dès qu'un problème était réglé, un nouveau problème surgissait. Par exemple, nous avons reçu 27 bicyclettes pour les enfants (l'âge moyen des réfugiés du camp de Borden est 26 ans), mais pas de casques. Comme tout le monde voulait faire du vélo, nous nous sommes bientôt retrouvés avec une abondance de fractures et de commotions. On nous a alors donné des casques mais, quelques jours plus tard, c'était une épidémie de poux. »

« Bien des réfugiés, ajoute Susan, ont tout perdu là-bas. Je ne sais pas s'ils retourneront au Kosovo après la guerre. Entre-temps, ils apprennent à parler anglais. Et lorsque j'arrive le matin, plusieurs enfants me saluent en anglais. Ils prennent du poids et leur teint s'améliore. C'est merveilleux ! »

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QU'EST-CE QUE LA PROFESSION INFIRMIÈRE ?

La profession infirmière vise à restaurer, à maintenir et à améliorer la santé des personnes, des groupes et des populations entières. C'est à la fois une « science » et un « art ». C'est une science parce que cela repose sur l'application de connaissances infirmières et sur des techniques infirmières. C'est un art parce que l'infirmière doit tisser une relation chaleureuse au sein de laquelle elle utilisera ses connaissances et son jugement avec compassion. Ainsi, l'infirmière se concentre sur l'individu, pas sur un problème de santé en particulier.

Les infirmières peuvent jouer différents rôles - prestataire de soins, administratrice, enseignante, chercheuse - dans différents milieux de travail (hôpitaux, établissements de soins prolongés, résidences privées, cliniques, industries ou salles de classe, par exemple). Elles soignent des patients de tous âges et dont l'état de santé peut varier de normal à critique.

En Ontario, la profession infirmière est divisée en deux catégories : les infirmières autorisées (IA) et les infirmières auxiliaires autorisées (IAA). Seules ces deux catégories de prestataires de soins ont le droit d'employer le titre « infirmière ». Les exigences réglementaires, les normes générales d'exercice, les processus de plaintes, disciplinaire et d'inscription sont les mêmes pour les deux catégories. La principale différence est la formation en sciences infirmières.

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QU'EST-CE QUE L'ORDRE DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DE L'ONTARIO ?

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) est l'organisme qui réglemente la profession infirmière dans cette province. Bien qu'il ait été créé par le gouvernement provincial, l'Ordre fonctionne indépendamment et ne reçoit aucun financement public : ses recettes proviennent des cotisations annuelles de ses membres. L'Ordre établit les critères d'admission à la profession infirmière en Ontario, ainsi que les normes que doivent respecter les infirmières et les infirmiers afin de conserver leur titre et leurs privilèges. Seules les personnes qui détiennent un certificat d'inscription de l'OIIO peuvent exercer la profession en Ontario et utiliser les titres « infirmière » ou « infirmier », « infirmière autorisée » ou « infirmier autorisé » et « infirmière auxiliaire autorisée » ou « infirmier auxiliaire autorisé ».

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JOURNAL DE BORD D'UNE INFIRMIÈRE OUVRANT DANS LA LOCALITÉ LA PLUS AU SUD DU CANADA

L'île Pelee, mesurant huit par douze kilomètres, est assise au milieu du Lac Érié. Depuis Leamington, sur la terre ferme, la traversée dure 90 minutes. On retrouve surtout sur cette île (le point le plus au sud au Canada) des fermes et des établissements vinicoles. En hiver, elle compte 258 habitants; en été, la population atteint presque 3 000 âmes. Étant donné qu'aucun médecin n'habite dans l'île, la plupart des insulaires consultent un médecin habitant sur la terre ferme. On y trouve cependant une clinique/salle d'urgence que Marlene Pierce, IA, dirige depuis plus de 25 ans. En vertu du statut de « poste en région éloignée » conféré par la province à la clinique de l'île Pelee, la sphère d'exercice de Marlene est élargie, comme dans le cas de Liette Cere (voir l'article « Prodiguer des soins en région éloigné »). Elle exerce de nombreux rôles auprès des insulaires, même celui de vétérinaire s'il le faut ! Suivons Marlene au cours d'une journée de travail, en mai, à la clinique de l'île.

Je me lève : il fait soleil, la brise est douce, la chaleur est déjà là. Nous sommes mardi. Que me réservera cette journée ? À la clinique de l'île Pelee, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.

Premier rendez-vous à 9 h 30 : un client aiguillé ici par le programme local de soins à domicile. Il habite sur la terre ferme, mais passe une partie de l'été dans l'île. Comme il a un doigt gravement infecté, je lui administre des antibiotiques par intraveineuse. La guérison est lente; le diabète du patient complique les choses. Je profite de l'heure que dure l'injection intraveineuse pour discuter de son mode de vie et des risques de blessures que pose son métier d'agriculteur.

À 10 heures, d'autres clients arrivent. Je donne quelques revues au fermier et vais m'occuper des nouveaux arrivants. Un jeune homme souffre d'un mal d'oreille depuis 24 heures. L'examen révèle qu'un traitement est nécessaire. On appelle donc le service de soutien médical - les urgentistes à l'hôpital Memorial du district de Leamington - afin de commander des gouttes. Je lui en administre et lui explique comment faire. Je raccompagne le jeune homme à la salle d'attente, puis m'occupe d'un client, un employé de l'établissement vinicole local, qui s'est blessé au doigt. Je traite et recouds la plaie et lui donne un rendez-vous pour le suivi et des vaccins. Le traitement aux antibiotiques s'achève, je retourne donc voir ce patient et lui donne son congé. Je le reverrai en soirée pour un deuxième traitement.

Il est 10 h 45. Le cas suivant : la « redoutable » éruption cutanée, si difficile à diagnostiquer en temps normal. Aujourd'hui, heureusement, nous en déduisons qu'elle est causée par un nouveau détergent à lessive. J'explique au patient comment fonctionne le traitement au Benadryl. Il reviendra demain si les symptômes perdurent.

Comme il n'y a plus personne dans la salle d'attente, je retourne dans mon bureau afin d'appeler deux patients que j'ai soignés récemment. Les deux personnes vont bien. J'en profite pour consigner mes notes.

À 11 h 30, une résidente de l'île, qui souffre du diabète, se présente à la clinique avec une nouvelle posologie d'insuline et une nouvelle seringue automatique à insuline. Elle veut savoir comment l'utiliser. La patiente maîtrise bien son diabète; je l'encourage à adopter une attitude positive à l'égard de sa maladie. Elle reviendra toutes les semaines pour un examen.

Bientôt l'heure du dîner. Mais avant de pouvoir casser la croûte, je dois m'occuper d'un autre patient qui réside ici durant l'été. C'est sa première visite à la clinique. J'ouvre un dossier et y consigne ses antécédents médicaux, puis je l'examine. Il venait se faire traiter pour une éruption causée par l'herbe à puce; l'examen a révélé qu'il souffrait aussi d'hypertension. Nous avons discuté des changements à apporter à son régime alimentaire et à son mode de vie. Le patient accepte de revenir pour des visites hebdomadaires de suivi. Je lui explique comment traiter l'éruption cutanée.

À 12 h 45, je vais manger au café qui est à côté de la clinique. À mon retour, à 13 h 30, un patient m'attend. Cet homme de 44 ans n'a pas consulté de médecin depuis 10 ans. Depuis un certain temps, il souffre de douleurs intestinales en soirée. Il venait pour un examen complet et une évaluation du mode de vie. L'examen, qui incluait un ECG, l'évaluation des signes vitaux, la mesure du taux de glycémie et des capacités respiratoires, révèle que ce patient souffre d'hypertension et d'une diminution de ses capacités respiratoires. Nous discutons de régimes alimentaires, de tabagisme et de l'importance de se soigner. Il accepte de revenir pour un suivi et de chercher un médecin de famille.

14 heures : c'est l'heure d'un client atteint de sclérodermie, une maladie rare (3 personnes sur

100 000) et souvent fatale qui s'attaque aux vaisseaux sanguins et aux tissus cellulaires. Il vient toutes les deux semaines pour des injections d'antibiotiques. Son traitement s'est avéré une expérience enrichissante pour le personnel de la clinique, parce qu'il est relativement nouveau et que nous avons pu surveiller les résultats. Le patient est très satisfait des résultats, et nous, de ses progrès.

Une jeune fille, qui travaille ici pendant l'été, présente une éruption cutanée. C'est probablement le psoriasis, à un stade très avancé. Je consigne ses antécédents médicaux et l'examine. Puis, j'appelle son médecin de famille afin de renouveler une ordonnance pour le médicament qu'elle a déjà utilisé; je demande également un rendez-vous avec un dermatologue. Le médicament arrivera par le traversier, puisqu'il n'y a pas de pharmacie dans l'île. Le rendez-vous avec le spécialiste est confirmé.

Tiens, il est 14 h 45... j'ai peut-être le temps de classer ces dossiers-ci, puis de retranscrire mes notes dans les dossiers. J'ai parlé trop vite. Voici un client, un homme de 41 ans, qui a des douleurs à l'aine et une miction irrégulière. J'effectue l'examen approprié et une analyse des urines. Le patient doit revenir demain pour un suivi et nous en profiterons, à ce moment-là, pour contacter un médecin en ce qui a trait aux analyses du sang et aux médicaments.

À 15 h 30, la salle d'attente est vide. Je peux donc finir en paix ma consignation, y compris les notes prises lors de consultations téléphoniques, en espérant que le téléphone ne sonnera pas. Après quelque temps, un homme se présente à la clinique. Depuis deux semaines, il a mal à un orteil. L'examen révèle un cor, des rougeurs et une enflure prononcées. Je lui explique comment traiter ce problème et lui conseille d'aller voir son médecin parce qu'il retourne aujourd'hui sur la terre ferme.

Il est 17 heures. Après une dernière consultation téléphonique, je retourne chez moi (à 10 minutes de la clinique), ôte mes chaussures et me repose. À 19 h 30, je retourne à la clinique pour administrer un deuxième traitement au client du programme de soins à domicile. À 22 h 30, le traitement est fini. Le patient ira chez son médecin demain matin. Comme il sera sur la terre ferme, et qu'il a besoin de ses médicaments, je lui prépare une trousse d'injection afin que son traitement ne soit pas interrompu.

À 22 h 45, je m'installe dans un bon fauteuil, avec une tasse de thé, et repense à ma journée. Ce fut une bonne journée; j'ai beaucoup donné de compassion, d'instructions et de conseils préventifs et j'ai fait plusieurs suivis. Heureusement, je n'ai pas eu de cas urgents à transporter par avion à un autre établissement. Mais, je sais qu'il y en aura un jour. Je vais me coucher - le téléavertisseur et le téléphone sont sur ma table de chevet...

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