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Les soins infirmiers et vous

Vol. 1, n° 5 Octobre 1999 - Les soins adaptés à la culture

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ÉDITORIAL : Exercer dans une collectivité multiculturelle

Pour pouvoir soigner quelqu'un, je dois me connaître.
Pour pouvoir soigner quelqu'un, je dois connaître l'Autre.
Pour pouvoir soigner quelqu'un, je dois jeter un pont entre nous.
- Jean Watson

La philosophe Jean Watson a trouvé les mots justes pour décrire l'exercice de la profession au sein d'une collectivité multiculturelle. Les infirmières doivent prendre le temps de comprendre leur propre culture et celle de leurs patients; c'est la seule façon d'obtenir des résultats positifs pour toutes les personnes concernées.

Conscient que l'Ontario est une véritable mosaïque culturelle et que ses membres ont besoin de soutien pour pouvoir prodiguer des soins appropriés à ces groupes culturels, l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario vient de publier le Guide sur la prestation des soins adaptés à la culture. Tous les membres de l'Ordre en ont reçu un exemplaire.

Le Guide explique comment approfondir ses connaissances culturelles et les appliquer à son exercice. Des exemples - tirés de la réalité quotidienne d'infirmières et d'infirmiers - illustrent les concepts. L'OIIO espère que ce guide aidera ses membres à mieux saisir l'importance de ces concepts pour leur métier.

Chacun et chacune d'entre nous appartient à une culture, et celle-ci est influencée par divers facteurs, dont la race, le sexe, la religion, l'origine ethnique, le statut socio-économique et l'orientation sexuelle. La culture est dynamique : elle évolue et se transforme au fil du temps, tout comme les personnes. Les valeurs et les croyances d'un client sont inévitablement influencées par sa culture, mais le client n'a pas à les adapter aux valeurs et croyances de l'infirmière. Au contraire ! C'est à l'infirmière, qui détient plus d'autorité que le client dans la relation thérapeutique, de se renseigner sur la culture de son client et d'adapter son exercice aux besoins de ce dernier.

Venez rencontrer des infirmières et des infirmiers qui respectent la culture de leurs patients.

Mary MacLeod, IA, présidente du Conseil
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario

Margaret Risk, IA, directrice générale
Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario

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QU'EST-CE QUE L'ORDRE DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DE L'ONTARIO ?

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) est l'organisme qui réglemente la profession infirmière dans cette province. Bien qu'il ait été créé par le gouvernement provincial, l'Ordre fonctionne indépendamment et ne reçoit aucun financement public : ses recettes proviennent des cotisations annuelles de ses membres. L'Ordre établit les critères d'admission à la profession infirmière en Ontario, ainsi que les normes que doivent respecter les infirmières et les infirmiers afin de conserver leur titre et leurs privilèges. Seules les personnes qui détiennent un certificat d'inscription de l'OIIO peuvent exercer la profession en Ontario et utiliser les titres « infirmière » ou « infirmier », « infirmière autorisée » ou « infirmier autorisé » et « infirmière auxiliaire autorisée » ou « infirmier auxiliaire autorisé ».

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LE PROCESSUS D'ÉVALUATION DE L'APTITUDE PROFESSIONNELLE : Un outil d'autoréglementation

L'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario a pour mandat de protéger le droit du public à des services infirmiers de qualité. Un des mécanismes à sa disposition est le processus visant à évaluer « l'aptitude professionnelle » de ses membres, c'est-à-dire leur capacité d'exercer la profession de manière efficace et sécuritaire.

Précisons d'abord que ce processus ne vise pas à établir si le membre possède les compétences, l'expérience ou les connaissances requises pour exercer, puisque ceci est du ressort du Service de l'inscription de l'Ordre, qui effectue l'évaluation initiale des candidats à la profession infirmière en Ontario. Le processus d'évaluation de l'aptitude professionnelle se concentre plutôt sur la capacité physique ou mentale du membre à prodiguer des soins de qualité.

Troubles de l'élocution, mauvaises habitudes de travail, jugement altéré, sautes d'humeur importantes ou absentéisme accru : voilà des indices qu'un membre souffre d'alcoolisme ou de toxicomanie - la cause la plus répandue de l'incapacité à exercer de manière efficace. Si un employeur, une collègue ou un client observe l'un ou l'autre de ces comportements chez un membre, l'OIIO tentera d'élaborer, de concert avec l'infirmière concernée, un programme de traitement adéquat et de fixer les conditions qui lui permettront de continuer à exercer (restreindre l'accès à certains médicaments ou diminuer ses responsabilités, par exemple). L'Ordre surveillera les progrès de l'infirmière et veillera à ce qu'il respecte les conditions.

Par contre, si l'infirmière refuse ou est incapable de collaborer avec l'Ordre, celui-ci pourrait tenir une audience à huis clos à laquelle les deux parties seraient représentées par des avocats. Il est possible que l'Ordre décide d'imposer certaines restrictions au certificat du membre ou de le suspendre. Toute mesure prise par l'Ordre est assortie de délais et d'objectifs précis pour traiter certains problèmes de santé.

Le processus d'évaluation de l'aptitude professionnelle vise, dans la mesure du possible, la réadaptation du membre. L'objectif ultime est que le membre retourne au travail en bonne santé. Cela dit, et comme pour toutes les autres initiatives de l'OIIO, la protection du public demeure toujours la principale priorité.

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OUVRER AUPRÈS DE CHINOIS DE L'ÂGE D'OR

Linda Cheung est infirmière auxiliaire autorisée (IAA) au foyer pour personnes âgées Yee Hong de Scarborough, où la forte majorité des 150 pensionnaires sont d'origine chinoise. Et il semble que le fait d'être elle-même d'origine chinoise - elle est née et a grandi à Hong Kong - lui donne un avantage certain sur ses collègues.

Même si plusieurs des pensionnaires du foyer Yee Hong sont également originaires de Hong Kong, Linda ne peut rien prendre pour acquis lorsqu'elle rencontre un nouveau patient. Il est fort possible, en effet, que cette personne vienne de la Chine continentale, puisque de plus en plus d'immigrants de cette région s'installent au Canada chaque année, y compris des personnes âgées.

Or, la plupart des habitants de la Chine continentale, ceux de Beijing et du Nord en particulier, parlent le mandarin, alors que la langue maternelle de Linda est le cantonais. « D'habitude, j'arrive à me faire comprendre, dit-elle. Mais, cela complique certainement la communication. Je crois aussi que les habitants de la Chine continentale craignent plus l'autorité - les médecins et les infirmières, par exemple. Gagner leur confiance est donc beaucoup plus difficile. »

Linda est arrivée au Canada en 1994, soit trois ans avant que Hong Kong redevienne un territoire chinois. Formée dans son pays d'origine, Linda a toutefois décidé de parfaire sa formation d'infirmière au Canada avant de s'inscrire auprès de l'Ordre. Durant ses études, elle a travaillé comme aide-soignante (une prestataire de soins non réglementée) au foyer Yee Hong. Linda porte le titre d'IAA depuis presque trois ans et continue de se perfectionner : elle vient de terminer un cours en gérontologie au collège Centennial, à Scarborough.

Pendant un certain temps, Linda a cumulé deux emplois : le foyer et un poste à temps partiel dans un foyer de soins infirmiers du centre-ville de Toronto. Dans cet établissement, elle a reçu une formation pratique incomparable sur les soins adaptés à la culture.

« Il y avait des gens de partout dans ce foyer, raconte-t-elle. Ils venaient des quatre coins du monde. Chacun d'eux avait une attitude différente à mon égard et envers mon rôle, et je ne devais pas l'oublier. »

Finalement, Linda a abandonné son poste au centre-ville parce qu'elle voulait se rapprocher de sa famille, à Scarborough. Elle travaille désormais à plein temps au foyer Yee Hong comme infirmière superviseure d'un des étages.

« Les personnes âgées chinoises ont d'énormes attentes vis-à-vis l'infirmière, explique Linda. L'infirmière doit les traiter avec un immense respect, vu leur âge. Par ailleurs, le foyer est un endroit très étrange pour ces personnes. En effet, selon la coutume chinoise, la famille doit s'occuper des vieillards. Mais, de nos jours, les enfants ne peuvent plus suivre la tradition puisque tout le monde doit travailler. Ils placent donc leurs parents ici, et ces derniers croient que plus personne ne les aime ou ne les respecte. C'est à l'infirmière de leur redonner ce qu'ils croient avoir perdu. »

Le foyer Yee Hong a-t-il recours à la médecine chinoise traditionnelle pour soigner les pensionnaires ? Pas encore, explique Linda, car il s'avère difficile de trouver des médecins ou des infirmières qui possèdent les connaissances ou l'expertise nécessaires. « Nous finirons, un jour, par en savoir plus sur ces traitements et les clients, eux, se familiariseront de plus en plus avec les traitements modernes. Nous apprendrons des personnes âgées et elles apprendront de nous. Le foyer est tout jeune encore », conclut-elle.

Apprendre les uns des autres : la clé de voûte des soins adaptés à la culture.

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S'ADAPTER À LA RÉALITÉ CANADIENNE : L'EXPÉRIENCE D'UN INFIRMIER SOMALIEN

Abdiqani Qasim, infirmier à l'unité de soins coronariens (USC) à l'hôpital général de Toronto, incarne la réussite. Il y a à peine 10 ans, il travaillait pour un ami fabricant de meubles et avait pratiquement abandonné son rêve d'exercer la profession infirmière. Aujourd'hui, il est le récipiendaire de la bourse Lichtbau, décernée annuellement à un membre du personnel de l'USC afin de poursuivre ses études. Abdiqani s'est inscrit au programme de maîtrise du collège D'Youville, à Buffalo, afin de pouvoir exercer à titre d'infirmier praticiens en soins à la famille. Sa persévérance, et de longues heures de travail et d'études acharnées, l'ont mené au poste qu'il occupe présentement et lui ouvrent bien des portes pour l'avenir.

Abdiqani vient d'une famille pauvre établie à Kismayo, ville située dans le sud de la Somalie. Voulant à tout prix aider sa famille, il a suivi le cours de deux ans menant à un diplôme en sciences infirmières offert par le ministère de la santé. On l'affecta d'abord à un hôpital militaire, poste qu'il occupa jusqu'à la fin de la guerre contre l'Éthiopie. Il travailla ensuite dans un hôpital général, puis dans un service de santé à l'intention des réfugiés somaliens fuyant l'Éthiopie.

Durant son séjour en Hollande pour suivre un cours, Abdiqani a rencontré sa future épouse. Ils ont alors envisagé la possibilité de ne pas retourner en Somalie, où la situation empirait. Ils sont venus à Toronto, où réside un cousin d'Abdiqani, et ont décidé de s'établir au Canada. L'infirmier somalien a alors voulu s'inscrire auprès de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario. Malheureusement, sa demande a été rejetée.

« À l'époque, l'Ordre connaissait mal le système scolaire somalien et les conditions de travail là-bas, confie-t-il. Obtenir de l'information était très difficile. » Donc, pour joindre les deux bouts, Abdiqani est entré à la manufacture de meubles. Puis, lorsqu'il a appris que l'Ordre avait obtenu plus d'information sur l'exercice de la profession infirmière en Somalie, il a posé sa candidature à nouveau.

« Là, on m'a dit que je pouvais subir l'épreuve nationale d'agrément des IAA (infirmier auxiliaire autorisé), dit-il. J'ai réussi l'examen. Je pouvais enfin recommencer à exercer ! Mais, il me manquait encore quelque chose. »

Abdiqani s'est donc inscrit au collège Seneca, à Toronto, afin d'obtenir son diplôme d'IA, puis au collège Centennial, à Scarborough, afin d'obtenir un certificat en soins intensifs. Grâce à cette formation poussée, il a décroché son emploi actuel à l'unité des soins coronariens. Avide de connaissances et de titres supplémentaires, il a obtenu son B.Sc.Inf. à l'université Ryerson, à Toronto. Il a continué à travailler tout au long de ses études. Encore aujourd'hui, il fait de la suppléance auprès d'une agence torontoise en sus de son emploi à temps plein à l'USC. « La route a été longue, avoue-t-il, mais cela en valait la peine. Les défis ont renforcé ma confiance en moi-même. Je vais continuer à étudier toute ma vie; je ne reculerai devant aucun défi. »

En 1994, Abdiqani a fondé la Somali Canadian Nursing Association, dont le mandat est d'aider les infirmières et infirmiers de la Somalie à s'inscrire auprès de l'OIIO et à s'établir professionnellement au Canada. En tant que porte-parole de ses homologues somaliens, Abdiqani, qui est maintenant un citoyen canadien, a beaucoup aidé l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario en lui communiquant des renseignements à jour sur la formation du personnel infirmier en Somalie (voir l'encadré).

En quoi les deux pays diffèrent-ils ? Selon Abdiqani, « la technologie et les idées sont plus modernes ici, de toute évidence. Et en Somalie, on ne protège pas autant les patients. Mais là-bas, les infirmières et infirmiers sont plus autonomes. C'est bien de pouvoir combiner les deux éléments; c'est ce qui m'incite à devenir infirmier praticien. »

Étudiant consciencieux, Abdiqani aime aussi la dimension pédagogique des sciences infirmières. « C'est merveilleux, dit-il, de pouvoir partager mes idées et mes compétences avec mes patients et, surtout, avec mes collègues. Les infirmières et infirmiers ont besoin de partager, de s'entraider davantage. C'est ça qui nous fait grandir. »

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Évaluer les candidats formés à l'étranger

Un des rôles importants de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario est d'évaluer la formation et l'expérience des candidats à l'inscription. Cette évaluation, combinée à l'épreuve nationale d'agrément que doivent subir toutes les infirmières avant de commencer à exercer, garantit qu'elles répondent aux normes élevées d'exercice de la profession infirmière en Ontario. Or, l'évaluation des candidats formés à l'étranger (c.-à-d., ailleurs qu'en Amérique du Nord) est un véritable défi, car même si l'Ordre possède des dossiers complets sur les programmes d'études en sciences infirmières offerts à l'étranger, il est quand même difficile de tenir ces dossiers à jour. Des organismes comme l'association fondée par Abdiqani Qasim sont de précieux alliés.

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DES INFIRMIÈRES ONTARIENNES FONT L'ACTUALITÉ :
UNE INFIRMIÈRE DE PAROISSE AIDE LES PLUS DÉMUNIS

Catherine Lofsky est infirmière de paroisse. Elle fait partie de ce groupe croissant d'infirmières et d'infirmiers de paroisse - ces femmes et ces hommes prodiguant surtout des soins à domicile, un peu partout au pays - qui rendent visite aux membres d'une paroisse et soignent tant les maux de l'âme que ceux de l'esprit et du corps.

Catherine, toutefois, est une infirmière de paroisse quelque peu différente. En effet, au lieu de travailler pour une seule Église ou confession religieuse, elle ouvre pour le centre communautaire ocuménique d'Oshawa (connu aussi sous le nom de centre Gate 3:16), parrainé par diverses Églises et personnes. Ainsi, elle a délaissé le confort des résidences des paroissiens au profit du service d'aide aux sans-abri et aux démunis, situé au centre-ville d'Oshawa.

« Nous avons besoin de Catherine ici, explique Valieree Brecht, directrice générale du centre Gate 3:16 et ex-infirmière. Notre clientèle - les gens qui vivent dans la rue - présente presque toutes les maladies imaginables. Tâche qui dépasse les bénévoles. »

Chaque jour, entre 60 et 100 personnes viennent au centre de jour chrétien Gate 3:16. Il s'agit principalement d'un service d'aiguillage vers d'autres organismes communautaires, mais le centre offre aussi quelques programmes : repas du midi, conseils, cours de préparation à la vie et services infirmiers. Catherine partage son temps entre la prestation de soins et l'enseignement, car promouvoir la santé auprès des gens de la rue prend beaucoup de temps. Et elle reste fidèle à son rôle d'infirmière de paroisse en s'occupant aussi de leur âme.

Selon Catherine « les infirmières de paroisse soignent l'âme, le corps et l'esprit. Ce qui fait de nous de bonnes infirmières. D'autre part, c'est étonnant de constater à quel point les gens de la rue sont spirituels. À preuve : il y a quelques mois, le centre a failli fermer ses portes. Les gens de la rue ont mobilisé la collectivité pour empêcher la fermeture. Nos clients disent d'ailleurs que c'est la dimension spirituelle du centre qui le rend si précieux, si important. »

Catherine, ancienne infirmière-enseignante à l'hôpital général d'Oshawa, a découvert le métier d'infirmière de paroisse il y a quelques années en feuilletant un magazine. Elle s'est alors inscrite à temps partiel au programme de trois ans offert conjointement par Interchurch Health Ministries et le collège Emmanuel de l'université de Toronto. Elle est infirmière d'abord et avant tout et doit respecter les mêmes normes élevées d'exercice que les autres membres de la profession en Ontario. À son avis, la foi s'inscrit tout naturellement dans le processus de guérison, sentiment que partagent d'ailleurs les Autochtones de l'île Manitoulin (voir le Journal de bord en page 4).

« C'est comme une famille ici. Une famille avec laquelle j'aimerais passer plus de temps, d'ailleurs. Je suis très chanceuse d'avoir trouvé un milieu de travail où l'on tire parti de mes compétences », conclut Catherine.

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ÉLABORER ET INTERPRÉTER LES NORMES : Le rôle des conseillères en exercice de la profession

L'une des principales responsabilités de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO), conformément à sa mission - « guider l'autoréglementation de la profession infirmière » -, est d'élaborer des normes qui orientent l'exercice de la profession. Il s'agit de documents fondamentaux auxquels se réfèrent quotidiennement les infirmières. Certaines normes sont très générales - le Cadre déontologique ou les Normes sur la relation thérapeutique, par exemple -, tandis que d'autres s'appliquent à des domaines précis : le soin des pieds, le transfert des clients, les soins infirmiers téléphoniques, etc.

Qui rédige ces normes ? Qui aide les infirmières à les interpréter, puisque des problèmes épineux surgissent inévitablement dans l'exercice quotidien de leurs fonctions ? Une seule réponse : l'équipe de conseillères en exercice de la profession, une dizaine d'infirmières chevronnées à qui l'on demande de remplir divers rôles.

« La conseillère idéale a ouvré longtemps en première ligne et a acquis des compétences variées », explique Denise Dietrich, une infirmière auxiliaire autorisée (IAA) qui a travaillé pendant 23 ans comme infirmière en soins de courte durée, infirmière visiteuse, infirmière indépendante et infirmière en réadaptation. Outre son diplôme d'IAA, elle détient un bac en sociologie et de nombreux certificats spécialisés. « Il faut avoir travaillé assez longtemps et dans divers milieux afin de pouvoir répondre spontanément et avec imagination aux préoccupations des infirmières. Chaque situation exige une réponse différente. »

Les conseillères jouent un rôle de premier plan dans l'élaboration de nouvelles normes et la révision des normes périmées. Cette dernière activité est d'ailleurs plus fréquente, puisque les normes doivent refléter fidèlement l'évolution des conditions de travail dans le secteur de la santé. Ce processus repose, en grande partie, sur les consultations menées auprès d'infirmières actives; les différents points de vue sont alors incorporés aux normes, ce qui en assure l'universalité. Puis, le Conseil de l'OIIO entérine officiellement les normes.

Toutes les infirmières en Ontario sont tenues de respecter les normes en vigueur. Mais les infirmières sont de nature curieuse; aussi les conseillères doivent-elles être prêtes, au téléphone ou durant des ateliers, à interpréter avec fermeté et de manière uniforme les nouvelles normes.

« Dans bien des milieux de travail, explique Denise, il n'y a pas d'infirmières enseignantes à qui les infirmières pourraient demander comment appliquer une norme dans une situation donnée. Exemples : "Si je fais ceci, est-ce contraire au code de déontologie ?"; "Si je demande à une aide-soignante de s'occuper de certaines tâches, cela met-il mon client en danger ?". Ces infirmières ont besoin d'une réponse et vite. Pour bon nombre, nous sommes la principale source d'informations. »

L'Ordre s'attend aussi à ce que les conseillères consultent régulièrement les infirmières actives afin de découvrir si les normes sont efficaces, si elles sont à jour et réalistes. Les conseillères doivent également répondre aux employeurs qui s'interrogent sur les normes.

Le rôle des conseillères ne se limite pas aux consultations reliées aux normes, loin de là ! Elles agissent aussi comme « expertes-conseils » auprès des services de l'OIIO et des comités prescrits par la Loi. Ainsi, pour le Service des plaintes et des enquêtes, elles interprètent les normes et participent à l'élaboration de plans d'apprentissage personnalisés à l'intention des infirmières qui veulent s'améliorer. Elles participent également à la rédaction de politiques (la violence infligée aux clients, par ex.) et de mémoires (celui remis au Groupe de travail sur les soins infirmiers, par ex.). Les conseillères sont aussi impliquées en éducation (Denise, par exemple, siège au comité consultatif du programme d'études en sciences infirmières du collège Humber) et rédigent des articles pour Communiqué, le périodique de l'OIIO.

En somme, la conseillère en exercice de la profession est, d'abord et avant tout, une communicatrice hors-pair, qu'il s'agisse d'écrire un article, d'animer un atelier ou de renseigner une infirmière. Elle doit innover et réagir promptement. Est-elle une super-infirmière ? Pas du tout, selon Denise Dietrich.

« Si tu as exercé longtemps en étant à l'écoute, tu sauras intuitivement ce que veulent les infirmières, affirme-t-elle. Voilà ce que fait la conseillère en exercice de la profession. »


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TENDRE LA MAIN : Une infirmière aide les jeunes de la rue

Sandra Pettey, infirmière autorisée, a déjà travaillé au service de traumatologie d'un grand hôpital de Toronto.

« Nous étions super-bien équipés, raconte-t-elle, mais je n'avais pratiquement aucun contact avec le patient. Il y a douze ans, je me suis dirigée vers la santé communautaire. Là, j'ai vraiment compris l'influence du contexte social sur les problèmes de santé. Ce genre de travail est le prolongement naturel de la démarche holistique des infirmières. »

Aujourd'hui, Sandra est l'une des trois infirmières praticiennes membres de l'équipe multidisciplinaire à la clinique SHOUT, au centre-ville de Toronto, qui s'occupe des jeunes de la rue âgés de 25 ans et moins. La majorité des clients sont sans-abri, démunis et bon nombre sont gais ou lesbiennes. Leurs problèmes de santé sont extrêmement variés : affections cutanées, dépression, toxicomanie, etc.

« On ne juge pas les jeunes, ici, explique-t-elle. Nous sommes là pour soigner; pour y arriver, il faut gagner la confiance des jeunes, qui ne font pas facilement confiance aux autres. Nous passons beaucoup de temps à les écouter. Peu à peu, les problèmes de santé apparaissent; à ce moment-là, nous pouvons proposer des traitements. »

Selon le personnel de la clinique, environ 30 ou 40 % des jeunes de la rue sont gais ou lesbiennes. Ils se retrouvent dans la rue en partie parce que leur famille les a rejetés. Ils se sentent abandonnés et impuissants. En vivant dans la rue, ces jeunes sont exposés aux maladies transmissibles sexuellement, surtout ceux et celles qui se tournent vers la prostitution pour survivre. Et comme l'hygiène fout le camp, cela complique les choses.

« Lorsque nous leur parlons, l'orientation sexuelle n'est qu'un élément des antécédents médicaux, confie Sandra. Nous parlons surtout de leurs pratiques sexuelles et de sécurisexe et leur expliquons comment être et rester en santé. »

La clinique SHOUT offre une multitude de services aux jeunes de la rue, depuis les traitements dentaires jusqu'à la thérapie en passant par la distribution gratuite de collations-santé et des produits d'hygiène. Et, grâce à l'appui financier de particuliers et de sociétés, elle vient de créer un programme de bourses visant à inciter les jeunes à poursuivre des études postsecondaires. La clinique offre aussi des services d'aiguillage vers divers autres programmes axés sur les jeunes de la rue.

Pas besoin de rendez-vous pour venir à la clinique. Il n'y a pas d'embûches intentionnelles. « La clé du succès pour la clinique, c'est d'être accessible, d'être aussi accueillante que possible, explique Sandra. Dès qu'ils ont franchi le seuil de la porte, les jeunes comprennent vite que nous voulons les aider. À ce moment-là, ils se confient et acceptent que nous leur enseignions comment prendre soin d'eux-mêmes. »

L'infirmière avoue que son travail à la clinique est complexe et redoutable, parfois, mais toujours enrichissant. « Malgré leurs problèmes, ou peut-être à cause d'eux, ces jeunes sont très dynamiques, très flexibles. J'apprends d'eux tous les jours. »


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RÉFLEXIONS : Mettre sur pied un programme de sensibilisation à la culture autochtone à l'hôpital de l'île Manitoulin

Debra Bennett, IA, est directrice des soins aux patients au centre de santé Manitoulin - deux petits hôpitaux de soins de courte durée - situé près de la rive nord du Lac Huron sur l'île Manitoulin. Environ 12 000 personnes vivent dans l'île; presque 40 % des clients de l'hôpital sont autochtones. Depuis quelques années, le centre de santé Manitoulin et les sept réserves indiennes de l'île s'efforcent de rapprocher les valeurs de la médecine moderne et les croyances ancestrales des Autochtones. Pour ce faire, ils ont mis sur pied un programme visant un double objectif : sensibiliser davantage le personnel aux coutumes, à la médecine traditionnelle et à la spiritualité des Autochtones et y adapter les services offerts par le centre. Voici quelques-unes des réflexions de Debra à ce sujet.

Je viens de terminer la lecture du Communiqué de juin 1999 [le trimestriel de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario], dans lequel se trouve le Guide sur la prestation des soins adaptés à la culture [voir l'éditorial en page 2]. Ce guide incite les infirmières à réfléchir à leurs propres croyances et valeurs et à l'influence qu'elles peuvent avoir sur leur relation avec un client appartenant à une autre culture ou ayant d'autres croyances. Cela m'a fait réfléchir à la façon dont les croyances et les valeurs véhiculées par mon employeur ont évolué au cours des dernières années.

Au début, on se posait beaucoup de questions, mais personne ne semblait capable de trouver les réponses. Les membres des Premières Nations, et le personnel de l'hôpital, ont compris intuitivement que l'amélioration des services à la clientèle autochtone reposait sur une meilleure compréhension de la culture autochtone et des besoins des clients autochtones. Est-il possible d'offrir des soins mieux adaptés à la spiritualité, aux cérémonies et à la médecine traditionnelle des Autochtones ? Est-il possible d'incorporer les rituels, les guérisseurs et les remèdes autochtones aux méthodes scientifiques d'un hôpital moderne de soins actifs ?

À la demande du conseil d'administration du centre de santé Manitoulin, et avec le concours du docteur Jack Bailey, fort respecté pour ses longues années de service dans l'île, on a créé un comité consultatif : le conseil Anishinabe Mekwaatawgsajig. Ce conseil, formé de représentants de l'hôpital et de membres nommés par le chef et le conseil de chacune des collectivités indiennes, est entièrement autonome. Peu après, j'ai été nommée personne-ressource en matière de sensibilisation aux pratiques culturelles autochtones, de communication et d'animation. En février 1996, le conseil a adopté son énoncé de mission :

« Le conseil Anishinabe Mekwaatawgsajig partage et fait connaître la culture anishinabe en s'associant au centre de santé Manitoulin, afin que notre peuple bénéficie des démarches holistitque de guérison. »

La première tâche du conseil était d'organiser des séances de formation régulières à l'intention du personnel de l'hôpital. Il offre désormais quatre séances par an : une par saison. Les thèmes abordés jusqu'à présent sont : la signification des cérémonies de purification et du brûlage de foin d'odeur et de sauge, la spiritualité entourant la médecine traditionnelle, les cercles d'influences, le cercle de guérison et la cérémonie de la suerie.

Le conseil a également organisé une excursion à Wikwemikong, une localité autochtone de 2 500 habitants. Après nous avoir accueillis dans le pavillon de guérison, le chef du village, Ron Wakegijig, a prononcé une prière en ojibwa.

Après la cérémonie de purification, le chef Wakegijig, qui est également guérisseur, a décrit les plantes médicinales utilisées pour la cérémonie de purification, à laquelle il avait invité tout le monde à participer. Puis, il a expliqué qu'au pavillon de guérison - une structure en forme de tipi érigée à l'intérieur du centre de santé communautaire (construit en 1988) - les clients ont accès à la médecine occidentale et à la médecine traditionnelle autochtone, ce qui est une première. Un sondage effectué auprès d'environ 350 ménages de Wikwemikong, lors de l'élaboration du plan de santé communautaire, avait révélé que 77 % des résidents voulaient que le nouveau centre de santé communautaire offre des soins de santé traditionnels. Désormais, les membres de la collectivité peuvent consulter un guérisseur traditionnel et un médecin durant le même rendez-vous.

Comment allions-nous intégrer les remèdes traditionnels à notre panoplie de médicaments ? Bon nombre d'Autochtones, qui prenaient de tels remèdes chez eux, voulaient continuer à les prendre à l'hôpital. On a donc demandé à des pharmaciens et des médecins de la région d'étudier les ramifications légales de l'emploi des remèdes traditionnels et on a élaboré des mécanismes permettant aux guérisseurs autochtones de consulter les dossiers des patients.

Nous avons également demandé à l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario de nous indiquer quel rôle devrait jouer l'infirmière dans la prestation de soins de santé traditionnels. L'OIIO a expliqué qu'il incombe à l'infirmière de comprendre les effets bénéfiques et les effets secondaires possibles du remède. Le remède traditionnel doit être compatible avec les médicaments que prend déjà le patient.

Le conseil informait régulièrement les Autochtones des mesures visant à rendre l'hôpital plus ouvert à leur réalité culturelle et à accommoder les besoins des patients autochtones et des familles. Il a préparé un dépliant qu'il a distribué dans toutes les salles d'attente des établissements de santé et dans tous les bureaux de bande sur l'île.

Tous ces efforts résultent de remarques involontairement désobligeantes faites par des membres du personnel qui ne comprenaient pas la signification de la cérémonie de purification. Désormais, le personnel non Autochtone comprend de mieux en mieux la spiritualité et les traditions autochtones, ce qui rend le centre de santé Manitoulin plus accueillant à l'endroit des patients autochtones et de leur famille.

Et l'hôpital devient un endroit plus riche et plus chaleureux.

La cérémonie de purification, au cours de laquelle on fait brûler du foin d'odeur, de la sauge, du cèdre et/ou du tabac dans un petit bol, est un rituel qu'exigent souvent les patients Autochtones. Comment faire pour ne pas gêner les autres patients ? Comment faire pour ne pas déclencher les avertisseurs d'incendie de l'hôpital ? La solution : réserver une chambre bien aérée, où se déroulera la cérémonie, et demander à un membre du personnel d'entretien d'éteindre les avertisseurs avant la cérémonie, puis de les rallumer dès que la fumée s'est dissipée.

Un couple autochtone veut que le lit d'accouchement soit tourné vers l'est pour l'accouchement. Les époux demandent aussi qu'on leur remette le placenta afin qu'ils puissent l'enterrer près de leur foyer, ce qui donnera à l'enfant des racines spirituelles. Certains voux sont si faciles à réaliser !

Chez les Autochtones, lorsqu'une personne est à la veille de mourir, ses proches veulent l'accompagner jusqu'à ce qu'elle rende l'âme. Il pourrait y avoir des dizaines de personnes à la fois. Comment accommoder un si grand nombre de personnes ? Comment s'occuper de chacun et chacune ? Nous réfléchissons encore à cette question...


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NOTRE LECTORAT

Le bulletin Les soins infirmiers et vous s'adresse aux consommateurs de soins de santé et de services infirmiers. N'hésitez pas à imprimer ou à télécharger ce numéro et à le partager avec votre famille et vos amis. Vos commentaires sont appréciés.

 

 

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