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Les soins infirmiers et vousVolume 2, numéro 4 Novembre 2000 - Les soins de santé mentale
Qu'est-ce que la santé mentale ?D'après l'Association canadienne pour la santé mentale, il s'agit de l'aptitude d'une personne à ressentir, réfléchir et agir de manière à mieux jouir de la vie et à relever les défis qu'elle présente. L'expression maladie mentale englobe une large gamme de troubles ou de maladies dont les symptômes psychologiques ou comportementaux diminuent l'aptitude de la personne à composer avec la vie quotidienne. Parmi les maladies mentales, citons les troubles de l'humeur, dont la dépression; les troubles anxieux tels que les phobies, les névroses post-traumatiques et le trouble obsessionnel-compulsif; la schizophrénie; les troubles de l'alimentation, dont l'anorexie et la boulimie; et les affections mentales d'origine physiologique telles la maladie d'Alzheimer. Les soins de santé mentale : élément essentiel du travail de l'infirmièreToute infirmière, quel que soit son milieu de travail, doit posséder des aptitudes en soins de santé mentale. Il y a, bien sûr, des infirmières qui se spécialisent en santé mentale en milieu communautaire, dans des établissements de soins prolongés ou dans des hôpitaux psychiatriques ou généraux. Nous vous présentons certaines d'entre elles dans le présent numéro. Natalie Lalonde, une infirmière en télésoins, doit non seulement savoir comment parler à une personne déprimée, mais aussi à celle qui souffre d'une fièvre. L'infirmière en santé publique qui travaille dans une école doit posséder les compétences nécessaires pour conseiller une adolescente suicidaire et l'infirmière de salle d'urgence doit savoir consoler l'amie bouleversée d'un jeune homme qui vient de trouver la mort dans un accident de voiture. Bref, toute infirmière doit être en mesure d'aider les clients qui ont de la difficulté à composer avec notre monde stressant. Voilà pourquoi les soins de santé mentale sont un élément essentiel des études de base en sciences infirmières. Les soins infirmiers, peu importe le domaine de spécialisation, sont axés autant sur la promotion de la santé et la prévention de la maladie que sur le traitement des symptômes. Il en va de même en santé mentale, puisque l'infirmière qui ouvre dans ce domaine cherche à prévoir les difficultés avant qu'elles ne surviennent et à aider les clients à se doter des atouts nécessaires pour pouvoir y faire face. D'après les statistiques, une personne sur dix au Canada souffre de dépression tôt ou tard durant sa vie. Les membres de certaines professions sont plus à risque que d'autres, notamment les personnes qui travaillent en milieu industriel. Les infirmières en santé et sécurité au travail qui ouvrent dans ce secteur doivent sensibiliser les travailleuses et les travailleurs aux symptômes de la dépression et les renseigner sur les sources d'aide. Ils seront ainsi mieux armés contre la maladie, car on sait que le traitement de la dépression est plus efficace si on intervient tôt. Les troubles mentaux sont difficiles à dépister, à prévoir et à traiter car, contrairement aux affections physiques, les symptômes ne sont pas toujours facilement reconnaissables. Cependant, l'intervention d'infirmières compétentes augmente les chances de réussite. Mary MacLeod, IA, présidente du Conseil Anne Coghlan, IA, directrice générale Les télésoins infirmiers dans le Nord de l'OntarioDans le vaste territoire qu'est le Nord de l'Ontario, l'accès à des centres de médecine familiale ou aux salles d'urgence d'un hôpital n'est pas toujours facile. Voilà pourquoi, au début de 1999, le gouvernement provincial a établi un centre de télésoins à North Bay. Ce projet pilote sert la population du Nord et pourrait être le précurseur d'un réseau de centres semblables dans les régions rurales de la province. Natalie Lalonde, une infirmière autorisée chevronnée, est membre du personnel du centre, qui est administré au nom du gouvernement par la société Clinidata. Lorsqu'elle a été embauchée, 19 infirmières travaillaient au centre, mais depuis, en raison de la forte demande, on a porté à 23 le nombre d'employés. Chacune de ces personnes doit posséder plusieurs années d'expérience pratique afin de pouvoir traiter les appels que reçoit le centre. « Nous recevons, en moyenne, une trentaine ou une quarantaine d'appels par quart de travail (huit heures) et davantage le soir, explique Natalie. Il peut s'agir de n'importe quoi : d'ongles incarnés, de douleurs à la poitrine ou de dépression et d'idées suicidaires. Il faut toujours savoir quelles questions poser et à quels services renvoyer le client, le cas échéant. Mais, dans environ un cas sur quatre, le client n'a pas besoin de recourir à d'autres services après nous avoir parlé. Notre programme a plusieurs effets bénéfiques, dont celui de réduire le nombre de visites inutiles chez le médecin ou à l'urgence. » Pendant que Natalie discute avec un client au téléphone, elle prend des notes sur ordinateur. Elle en vérifiera l'exactitude après l'entretien. Ce dossier sera ensuite à la disposition des autres infirmières du centre, au cas où le client rappellerait. En tant qu'infirmière, Natalie doit recommander des soins temporaires et des autosoins au client et, le cas échéant, lui proposer des médicaments en vente libre. Si cela s'avère nécessaire, elle conseillera au client de prendre rendez-vous avec un autre professionnel de la santé. S'il s'agit d'une urgence, elle peut même composer le 911 au nom du client et poursuivre l'entretien jusqu'à l'arrivée des services d'urgence. Natalie traite une large gamme de clients : des femmes enceintes aux familles qui cherchent des conseils sur les soins gériatriques. Entre 30 % et 40 % des appels portent sur le soin des enfants. Dans environ 10 % des cas, c'est-à-dire entre trois et cinq appels par quart de travail, le client souffre de troubles mentaux. « Bon nombre de nos infirmières ont beaucoup d'expérience en santé mentale, explique Natalie. D'ailleurs, nous avons toutes appris comment traiter ces clients, pendant nos études en sciences infirmières et lors de notre orientation à ce poste. Cela n'empêche que ces appels sont parmi les plus difficiles. » Natalie se souvient de l'appel qu'elle a reçu un matin vers 3 heures d'une cabine téléphonique située quelque part dans le vaste territoire que sert le centre : de la frontière manitobaine jusqu'à la rivière des Outaouais et de la baie d'Hudson jusqu'à Parry Sound. « Nous avons le service afficheur, mais comme le numéro des cabines téléphoniques n'est pas affiché, je ne savais pas où se trouvait cet homme. Il m'a dit qu'il avait reçu dernièrement son congé d'un hôpital psychiatrique, qu'il avait bu et pris des médicaments. Il avait du mal à marcher et ses idées n'étaient pas claires. Il était manifestement en détresse et avait des idées suicidaires. En cas de crise, nous tentons souvent de relier le client à un service conçu précisément pour son type de problème (une ligne d'aide sur la violence familiale ou les agressions sexuelles, par exemple). Mais dans ce cas-là, j'ai dû prolonger l'entretien jusqu'à ce que je puisse trouver le moyen de l'aider. J'ai enfin réussi à envoyer un intervenant. » Natalie a travaillé dans divers milieux avant d'accepter le poste au centre de télésoins de North Bay. Et, même si elle n'a aucun contact physique avec ses clients, elle estime que son travail fait appel à toutes ses compétences et à toutes ses connaissances. « Parfois, le client cherche tout simplement une oreille attentive, ce qui n'est pas rien, mais, très souvent, il s'agit d'un problème plus grave. L'infirmière doit avoir la même attitude bienveillante qu'elle aurait à l'égard d'un client qu'elle verrait en personne. Je pense même qu'on peut réussir à bien connaître le client, même au téléphone. C'est un travail emballant ! Je traite entre 30 et 40 différents cas par quart de travail. En fait, j'aurais du mal à reprendre un poste d'infirmière de chevet après avoir vécu cette expérience. » Des normes sur les télésoinsL'une des principales tâches de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario consiste à établir les normes d'exercice de la profession. Tous les membres de la profession infirmière sont tenus de respecter ces normes. En 1999, le Conseil d'administration de l'Ordre a adopté des normes sur les soins infirmiers prodigués au téléphone. Bien que ces normes soient particulièrement utiles pour les infirmières qui, comme Natalie Lalonde, travaillent à un centre de télésoins, elles sont conçues à l'intention de toute infirmière qui communique avec des clients par téléphone, ce qui peut se produire dans n'importe quel milieu de travail. D'après les normes, les télésoins visent à :
Les télésoins peuvent réduire le nombre de consultations inutiles auprès de médecins ou de services d'urgence. Les normes précisent clairement, toutefois, que les télésoins infirmiers ne remplacent pas l'interaction directe entre le client et le prestataire de soins. Intervenir au nom des clients souffrant de schizophrénieDéfendre les droits des clients et les autonomiser : deux notions qui sont au cour de la prestation des soins infirmiers. Betty Gillard, une IAA spécialisée en santé mentale, en constate chaque jour l'importance dans son travail auprès de ses clients, à Toronto, des malades psychiatriques en difficulté extrême. À titre de responsable des cas au centre de santé mentale Queen Street, Betty s'occupe de 16 clients schizophrènes qui sont en difficulté extrême et qui vivent dans la collectivité. Ces personnes souffrent de schizophrénie depuis 30 ans ou moins et souffrent d'autres problèmes de santé (alcoolisme et toxicomanie, par ex.). Et il n'est pas rare que ces personnes aient des démêlés avec la justice. « Les clients dont les aptitudes sont plus développées obtiennent plus de services, parce qu'ils peuvent les demander et qu'ils sont présentables, explique Betty. Ce qui n'est pas le cas de mes clients; alors je suis devenue leur porte-parole. » Lorsqu'elle est entrée en fonctions en 1997, Betty a consacré les trois premiers mois à rendre visite à ses clients, là où ils se trouvaient : maisons de pension, restaurants, parcs. Elle leur parlait, les écoutait et les observait. Elle a appris à « entendre » ce qu'ils essayaient de dire. « Autonomiser ces personnes n'est pas une tâche facile. Je dois me demander "est-ce bien ce que souhaite le client ou ce que moi je souhaite ?". « J'ai remarqué tout de suite qu'il y avait de graves problèmes d'hygiène », raconte Betty. Certains n'avaient pas pris de douche depuis des mois. Ils sentaient mauvais et portaient des vêtements et des chaussures mal ajustés qui provenaient de magasins gérés par des organismes de bienfaisance. Situation qui troublait Betty. Ses clients vivaient-ils ainsi par choix ou y avait-il d'autres facteurs en jeu ? « J'ai finalement compris que, pour mes clients, prendre une douche ou un bain n'a rien d'évident, soit en raison de leur milieu de vie, soit en raison de leur maladie mentale. »
Betty a donc mis sur pied un programme d'hygiène. Elle a invité ses clients à venir au centre où elle les aidait à prendre une douche et leur donnait des vêtements propres et à leur taille. Ses patients efforts ont porté fruit : peu à peu, les 16 clients sont venus de façon régulière au centre. Un petit changement qui a considérablement influé sur leur vie. En effet, ceux-ci étaient mieux acceptés par les autres et hésitaient moins à fréquenter les centres de dépannage. Ils avaient davantage confiance en eux-mêmes. Tous les clients de Betty doivent prendre des médicaments. Aussi collabore-t-elle avec le psychiatre du centre afin de déterminer s'il convient de changer l'ordonnance et, dans certains cas, d'hospitaliser un client. L'infirmière précise qu'avant de prendre une décision relativement aux besoins du client, elle doit analyser tous les facteurs pertinents. « Un client est bouleversé et a de la difficulté à s'adapter. Est-ce à cause des médicaments ? Pas nécessairement. Il a peut-être des problèmes de logement ou de relations interpersonnelles. » Betty a démontré qu'elle sait faire appel à un psychiatre ou à d'autres ressources au moment opportun. Ses relations avec les médecins sont fondées sur la confiance et le respect mutuels, ce qui facilite son travail auprès de ses clients. Toutes ces activités ne sont qu'un aspect du travail de Betty. Elle assume un autre rôle, tout aussi important : défenseure des droits des clients au sein de l'appareil judiciaire. Certains de ses clients ont eu des démêlés avec la justice; grâce au Programme de déjudiciarisation, Betty veille à ce qu'ils restent en liberté en attendant leur procès. Certains des clients de Betty sont gravement handicapés et leur capacité à obtenir des services sociaux et de santé est considérablement réduite par les troubles mentaux et physiques complexes dont ils souffrent. Selon Betty, des logements subventionnés avec services sur place seraient une solution. Elle s'emploie actuellement à trouver le financement nécessaire à l'aménagement de logements qui offriraient des services adaptés aux clients (agent de liberté conditionnelle et représentant du Programme de déjudiciarisation affectés à demeure, par ex.). On y retrouverait aussi des conseillers en toxicomanie, car, pour bien des clients, il est difficile d'être aiguillé vers les programmes de désintoxication en raison de leur comportement et de leur maladie mentale. Grâce à la combinaison judicieuse de ses compétences infirmières, Betty Gillard est en mesure de répondre aux besoins particuliers de ses clients et de défendre leur cause au sein des réseaux de la santé et des services sociaux. La santé publique : des soins de santé mentale à domicileDans la plupart des services de santé mentale des circonscriptions sanitaires en Ontario, on met l'accent sur la prévention et la promotion plutôt que sur le traitement. C'est d'ailleurs le cas dans presque tous les domaines de la santé. La seule activité axée sur le traitement qu'entreprennent les circonscriptions sanitaires consiste à organiser des programmes de vaccination contre les maladies infectieuses. En santé mentale, par exemple, on offre des groupes d'entraide aux familles endeuillées ou des ateliers à l'intention des adolescentes sur les signes avant-coureurs de troubles de l'alimentation. La circonscription sanitaire de la région de Niagara, dont le siège social est situé à St. Catharines, offre de tels programmes. Mais ce service se distingue de tous les autres en Ontario par son programme de traitement en santé mentale, qui offre depuis longtemps des séances de thérapie en groupe et individuelle. Les séances traitent de sujet divers (dépression, angoisse, survivants de violence sexuelle, etc.) et sont très réussies. Mais ce sont surtout les consultations individuelles à domicile qui font la renommée de ce service. La directrice des services cliniques, Marilyn St. John, est infirmière-hygiéniste. Elle explique que ces services ont été mis sur pied en réponse à la demande. « Notre région a toujours connu une pénurie de psychiatres et d'autres professionnels en santé mentale, dit-elle. Pourtant, le besoin était manifeste. C'est pourquoi nous avons décidé de combler cette lacune. Depuis 1983, notre programme est financé directement par le ministère de la Santé. » Dana Thornton, IA, explique que la prestation de services individuels à domicile découle de la philosophie holistique de la santé mentale qui sous-tend le programme. « À l'hôpital, les gens sont mal en point. Même en thérapie de groupe, certains clients sont renfermés et il peut être difficile de découvrir la cause de leurs difficultés. Mais, si on se rend au domicile du client, on réussit à observer non seulement la maladie mentale, mais aussi tous les facteurs qui l'influencent. Il faut du temps et de la patience, mais on finit par voir un certain progrès. C'est très valorisant. » « Les IA qui ouvrent au sein du programme ont, en moyenne, une vingtaine d'années d'expérience clinique, affirme Marilyn St. John. Nos clients nous sont renvoyés par des hôpitaux, par des agences de soins à domicile, par le biais de notre centre d'accès communautaire, et par des organismes de santé mentale de la région. D'autres clients viennent de leur propre gré ou sur les conseils de leur famille. Nous sommes fiers de nos réalisations. » Les clients du programme ont 16 ans ou plus; un client sur cinq est âgé de plus de 65 ans. Bien que l'équipe compte un psychiatre, les infirmières travaillent de manière autonome. « S'il faut prescrire des médicaments, le médecin intervient, affirme Dana. Mais, en général, ce sont l'infirmière et le client qui, ensemble, cherchent à guérir les blessures invisibles. Chaque personne est unique et j'adore avoir la liberté d'aborder les problèmes à ma façon, en faisant intervenir toute l'expérience que j'ai acquise au fil des ans. Comme notre programme a des résultats très positifs, c'est un travail très enrichissant. »
Retrouver une vie normale : les survivantes de violence sexuelle« Notre objectif premier est de les amener à bien comprendre qu'elles ne sont nullement responsables de ce qui leur est arrivé et qu'elles peuvent s'en sortir et redevenir maître de leur vie. » Voilà comment Debbie Wakeford, infirmière auxiliaire autorisée, explique son travail. Infirmière depuis 25 ans, Debbie travaille à l'hôpital psychiatrique de London depuis 21 ans. Debbie Wakeford et Annette Heard, une infirmière autorisée, offrent des séances de thérapie de groupe en milieu communautaire à l'intention de survivantes de mauvais traitements d'ordre sexuel. « J'ai travaillé dans divers services hospitaliers au fil des ans, mais je crois avoir enfin trouvé mon domaine de prédilection, affirme Debbie. En 1993, j'ai lancé une thérapie de groupe pour des adolescentes à l'hôpital. Maintenant, nous travaillons auprès des femmes en milieu communautaire, car c'est là qu'elles ont davantage de soutien. » En collaboration avec Annette, Debbie a organisé un groupe dans une petite collectivité desservie par l'hôpital. Les deux infirmières et huit survivantes se réunissent une fois par semaine pendant 10 semaines. « Nous visionnons des vidéos pertinents, nous faisons des jeux de rôles et de la thérapie par l'art, mais, en général, nous discutons, explique Debbie. Nous parlons de la colère, de la honte et du sentiment de vide que provoque toujours la violence sexuelle. Les clientes racontent autant que possible leur expérience et les mesures qu'elles ont prises pour s'en sortir. Nous tentons d'éclaircir leurs sentiments actuels à l'égard de la sexualité et de les amener à ne plus craindre l'intimité. » Le groupe fournit un soutien aux participantes et un milieu où l'on reconnaît leurs expériences et leurs émotions. « Bon nombre de ces femmes ont abusé de l'alcool ou des drogues pour oublier ce qui leur est arrivé. Plusieurs sont déprimées, voire suicidaires, et nombre d'entre elles ont, bien sûr, des relations amoureuses très difficiles. Nous parlons de tout cela. « Afin d'être admissibles au groupe, les participantes doivent avoir suivi une thérapie individuelle et doivent s'engager à assister aux dix séances. À leur arrivée, elles ont un peu d'espoir et je crois qu'à la fin des séances elles en ont davantage. » Comment les infirmières protègent leur santé mentaleEn tant que professionnelles de la santé, les infirmières surveillent attentivement leur propre état de santé. Elles savent que leurs troubles physiques ou mentaux peuvent se répercuter profondément sur leur aptitude à prodiguer des soins efficaces. Voici quelques-uns des moyens que prennent les infirmières pour surveiller leur santé mentale. La gestion du stress à la suite d'un incident critiqueDe nombreuses infirmières de première ligne vivent des événements traumatisants qui provoquent chez elles une forte réaction émotive ou physique et qui peuvent, au moment de l'incident ou par la suite, réduire leur aptitude à effectuer leur travail d'une manière sécuritaire et efficace. Ces incidents critiques prennent des formes diverses : être l'objet de menaces ou d'une agression; la mort d'un collègue; être témoin d'un suicide; des accidents faisant de nombreuses victimes ou la mort d'un enfant. Autrefois, on s'attendait à ce que les infirmières et les autres professionnels de la santé continuent tout simplement leur travail à la suite de tels incidents. Or, il y a une quinzaine d'années, Jeffrey Mitchell, un jeune pompier et travailleur paramédical bénévole, a décidé que, même si on ne pouvait prévenir les incidents critiques, on pouvait en minimiser les séquelles. Il a élaboré un programme de « débriefing » qui, par le biais de discussions organisées et de verbalisation des émotions, permet d'accélérer le processus de guérison chez les prestataires de soins « normaux » qui ont été témoins d'événements « anormaux ». Le personnel hospitalier et des services d'urgence de tous les coins du globe utilise désormais ce programme. L'infirmière autorisée Pat Oster et ses collègues à l'hôpital de Scarborough trouvent ce programme fort utile car il minimise les séquelles des incidents critiques. « Souvent, il suffit d'avoir l'occasion d'en parler, explique Pat. On cherche à revenir à la normale après une situation chaotique. » Demeurer compétentesLes infirmières cherchent à prodiguer les meilleurs soins possibles à leurs clients. Mais qu'arrive-t-il si une infirmière souffre d'un trouble mental ? Comme vous et moi, les infirmière ne sont pas à l'abri de la dépression, de l'angoisse ou des dépendances telles que l'alcoolisme. Or, comme toute personne qui souffre d'une maladie mentale, elles ne comprennent pas toujours ce qui leur arrive. Par le biais de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario, l'organisme qui réglemente la profession infirmière, les infirmières de cette province se surveillent entre elles afin d'assurer que chaque infirmière possède les aptitudes physiques et mentales nécessaires à la prestation de soins de qualité. Ainsi, l'Ordre veille à ce que les infirmières qui souffrent d'un trouble quelconque aient accès à des soins et à ce que la population soit protégée contre les infirmières qui n'arrivent pas à composer avec leurs troubles mentaux. Il arrive qu'un employeur, une collègue ou un client constate qu'une infirmière a la langue pâteuse, que la qualité de son travail décline ou qu'elle s'absente souvent. Voilà quelques indices d'une dépendance (alcoolisme ou toxicomanie). Dans de tels cas, l'Ordre collabore avec l'infirmière afin d'établir un traitement approprié et de fixer les conditions dans lesquelles elle pourra continuer d'exercer sa profession (lui interdire l'accès à certains médicaments, par exemple, ou réduire ses responsabilités). Dans des cas extrêmes, l'Ordre peut suspendre le certificat d'inscription de l'infirmière mais, dans la mesure du possible, on tente, par le biais du Programme d'aptitude professionnelle, de favoriser le rétablissement de l'infirmière afin qu'elle puisse reprendre son travail.
L'infirmière et le clientComment l'infirmière devrait-elle se comporter auprès de son client ? À quoi le client a-t-il le droit de s'attendre (ou de ne pas s'attendre) de la part de l'infirmière ? Les principes qui sous-tendent la relation que l'infirmière entretient avec ses clients sont expliqués dans les Normes sur la relation thérapeutique de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario. Tous les membres de la profession doivent connaître ces normes et s'y conformer. Les signes avant-coureursP lusieurs facteurs peuvent indiquer qu'une infirmière court le risque de transgresser les limites de la relation thérapeutique. Par exemple : une infirmière traite un client différemment des autres; elle lui consacre davantage de temps; elle soigne sa tenue pour ce client; elle lui rend visite hors de ses heures de travail; elle cache certains renseignements au sujet du client des autres membres de l'équipe soignante. Le secret professionnelLe secret professionnel est l'un des aspects les plus importants, et compliqués, de la relation thérapeutique entre l'infirmière et son client. La Loi et les normes déontologiques de la profession obligent l'infirmière à respecter le caractère confidentiel des renseignements qu'elle obtient dans l'exercice de ses fonctions professionnelles. Il arrive parfois qu'une tierce partie demande des renseignements au sujet de l'état de santé d'un client. Il arrive aussi que le fait de ne pas divulguer des renseignements puisse poser un risque à d'autres personnes. Signalons, par ailleurs, que les infirmières qui prodiguent des soins à domicile doivent veiller à protéger le caractère confidentiel des dossiers qu'elles laissent chez le client et des renseignements qu'elles transmettent par Internet. Principes du secret professionnel
Journal de bord d'une infirmière psychothérapeuteHilary Bowers-Walsh est infirmière autorisée. Elle travaille auprès de clients adultes des services externes du programme de santé psychiatrique et mentale de l'hôpital Grand River, à Kitchener. Voici le compte rendu d'une journée de travail typique de cette infirmière. Mardi Pendant le trajet de 30 minutes vers le travail, je réfléchis aux tâches qui m'attendent aujourd'hui : évaluation de clients, planification de traitements et de congés, coordination des soins, éducation des patients, interventions d'urgence, contacts, consultations, tenue de dossiers et planification de services. 9 h 15 Ma première patiente souffre de boulimie, un trouble de l'alimentation, depuis 18 mois. Son état physique est instable, car elle mesure 5 pieds 8 et ne pèse que 105 livres; en outre elle est très anxieuse. Nous passons en revue ses symptômes physiques actuels (pouls irrégulier, fatigue extrême et faiblesse après un effort). Le fait que cette cliente n'ait pas de médecin de famille qui puisse faire le suivi constitue un obstacle majeur. Il faudrait l'admettre à l'hôpital et la traiter pour sa maladie, mais, malheureusement, elle devra attendre trois mois avant qu'on ne l'évalue, puis son nom sera inscrit sur la liste d'attente. Je lui explique l'importance d'assurer un apport suffisant en potassium et la nécessité de subir des analyses sanguines hebdomadaires. Nous discutons de la possibilité de demander à son ancien médecin de faire le suivi. Elle affirme qu'elle essaie de réduire son activité physique ainsi que le nombre de vomissements provoqués. Elle semble moins angoissée et accepte d'établir un plan de traitement. Elle reviendra me voir la semaine prochaine. 10 h 15 Je vérifie mes messages et retourne des appels. Je discute avec plusieurs collègues d'un nouveau mécanisme de triage (évaluation initiale) et de distribution des cas : cela reste à perfectionner ! Ensuite, j'étudie le dossier de ma prochaine cliente. 10 h 30 Cette patiente suit un traitement depuis 18 mois et il s'agit de sa dernière consultation. Elle est anxieuse, ne croit pas que son état se soit amélioré et craint de ne pas avoir accès à des services si jamais elle en sentait le besoin à l'avenir. Nous faisons le point sur sa dépression, son angoisse et les séquelles des mauvais traitements sexuels qu'elle a subis et sur les progrès qu'elle a accomplis. Elle avoue que cesser le traitement l'effraie et nous discutons de stratégies de prévention et de prise en charge. En me quittant, elle semble plus confiante. Le plan de congé inclut sa participation à un groupe d'entraide communautaire et elle accepte d'y participer. Nous avons avisé son médecin de famille. 11 h 45 Encore des messages, dont l'appel du médecin que je dois consulter au sujet de la patiente qui souffre de boulimie. Il accepte de collaborer avec moi afin de faire admettre la patiente à un programme offert par l'hôpital de Toronto. Quel soulagement ! 12 h 15 J'avale un café et un bagel et consacre 45 minutes à la tenue de dossiers. Je consulte un collègue au sujet de la possibilité d'organiser une réunion, en octobre, du groupe d'intérêt d'infirmières en santé mentale, qui est présentement inactif. 13 h Rencontre avec une collègue afin de planifier deux thérapies de groupe que nous animerons ensemble en septembre. Nous rédigeons une note de service qui sera distribuée au personnel de l'hôpital et des organismes communautaires. Comme nous offrons la thérapie de groupe sur la dépression depuis un certain temps, ces douze séances exigent moins de préparation que les huit séances à l'intention de femmes souffrant de troubles de l'alimentation. En guise de préparation pour ces dernières, nous étudierons les dernières recherches et les derniers programmes de traitement, puis nous planifierons chacune des séances. Nous nous répartissons les tâches et fixons un échéancier. 14 h Quatre nouveaux messages téléphoniques. Ensuite, je dicte mon rapport d'évaluation d'une patiente que j'ai vue hier. Elle avait été renvoyée par un organisme communautaire, car elle souffre de dépression et le traitement ne semble avoir aucun effet. Je participerai à titre de conseillère afin d'aider le thérapeute traitant. Il faudra inciter la cliente à assumer davantage de responsabilité en ce qui concerne ses autosoins, y compris suivre un régime pour diabétiques et prendre les médicaments qui lui sont prescrits. 14 h 30 Ma prochaine cliente est handicapée mentalement, a été gravement maltraitée pendant des années et est incapable de vivre seule. Elle a des sautes d'humeurs dramatiques et a du mal à maîtriser ses impulsions. Elle affirme se sentir « assez bien » et est heureuse qu'on l'ait consultée concernant certains changements apportés à son domicile. Elle ne souffre plus d'éclipses mentales et peut se promener seule, à l'extérieur, pendant 45 minutes. Voilà une grande amélioration, dont elle est ravie. Nous planifions son congé depuis quelque temps et je profite de l'occasion pour lui donner des renseignements au sujet d'un organisme communautaire et l'encourager à y faire appel. Elle continuera de planifier ses activités quotidiennes et reviendra le mois prochain. 15 h Je profite de quelques minutes de répit pour discuter avec la réceptionniste et d'autres collègues de la prochaine longue fin de semaine. 15 h 20 Je reçois un appel urgent d'une patiente qui a reçu son congé il y a quelque temps. Elle souffre du trouble bipolaire et son traitement visait à la sensibiliser à ses émotions et à lui apprendre à les maîtriser de manière positive. Ses stratégies de prévention et d'autosoins comprenaient la nécessité de demander de l'aide à un stade précoce. Elle veut me consulter au sujet de certains problèmes qui la préoccupent. Après une discussion de quelques minutes, elle peut prendre une décision. Je lui dis qu'elle a bien fait de m'appeler et l'invite à le faire à nouveau si elle en ressent le besoin. 15 h 30 J'accueille une femme qui nous a été renvoyée de toute urgence par le centre d'intervention d'urgence. Il s'agit de l'évaluation initiale. Âgée d'une cinquantaine d'années, elle est anxieuse, irritable, méfiante et, d'après le rapport du centre, risque de s'enfuir de la pièce. Mon objectif premier : établir avec elle un rapport afin de pouvoir évaluer ses besoins immédiats et, si possible, lui offrir quelques conseils pour l'aider à atténuer son angoisse. Elle reste 90 minutes et me parle beaucoup de sa vie. À un moment donné, elle a une crise d'angoisse et a du mal à reprendre son souffle. Nous quittons la pièce et allons prendre un verre de jus - une excellente occasion de démontrer que je reconnais la validité de sa crise et de lui enseigner quelques stratégies pour en maîtriser les symptômes. Elle se dit soulagée de mieux comprendre ce qui lui arrive. Elle accepte de revenir la semaine prochaine et de faire les exercices de respiration et de relaxation que je lui ai enseignés. 17 h La journée tire à sa fin ! Il me reste toutefois à ranger les dossiers de mes patients. Je dois aussi téléphoner à une patiente afin de confirmer un changement de rendez-vous. Je pourrai ensuite rentrer chez moi et faire une petite promenade avec mon chien. Si j'ai le temps, je pourrais peut-être jardiner un peu. Quelle journée remplie et enrichissante ! Je suis heureuse d'avoir pu la partager avec vous.
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